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21 juillet 2016
André-Yves Bourgès

Hagiographie bretonne et mythologie celtique (communiqué de presse)

André-Yves Bourgès & Valéry Raydon (éd.), Hagiographie bretonne et mythologie celtique, 2016, 410 p.

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La Matière hagiographique de Bretagne a été soumise à des influences multiples tout au long de son histoire. Un apport vraisemblablement notable, mais difficilement évaluable, concernant la composition des Vies des saints bretons dans ce foyer de langue brittonique, a consisté dans le recyclage d’anciennes traditions orales celtiques, remontant à des mythes et rites préchrétiens, qui, toujours plus dépouillées au fil du temps de leur ancienne portée religieuse et culturelle, avaient pu être mises par écrit et toilettées par des lettrés chrétiens, ou continuaient de figurer dans les répertoires des conteurs bretons armoricains, mais aussi corniques, gallois ou bien encore ceux d’Irlande, de Man et d’Ecosse.
Cet apport n’est pas toujours évident à identifier, du fait que notre connaissance des anciennes mythologies des sociétés celtiques est largement fragmentaire ; du fait aussi que ces biographies de saints et les chroniques de leurs miracles sont en général des œuvres composites et hybrides que les hagiographes ont élaborées en combinant données historiques et motifs littéraires puisés aussi bien à des thèmes épiques, folkloriques que bibliques ou d’autres fonds hagiographiques antérieurs, et en les adaptant avec une grande liberté au système de valeurs de la société de leur temps. Il en résulte qu’il est souvent plus aisé d’authentifier un petit substrat celtique en cours de narration que d’affirmer la structuration d’un personnage ou d’une Vita entière à partir du décalque d’un ancien mythe celte. Il n’est pas moins délicat de tenter d’évaluer le caractère volontaire de l’emprunt, de comprendre s’il était détenu de première ou d’énième main, d’identifier sa source de provenance - parfois une autre œuvre hagiographique -, de savoir s’il fut motivé par un objectif religieux précis, enfin de jauger la part de ‘resémentisation’, d’adaptatio christiana qu’il contenait.
On l’aura compris, le thème Hagiographie bretonne et mythologie celtique est périlleux, épineux, et a toujours cristallisé bien des débats entre hagiologues sourcilleux et celtisants hyperspéculatifs. Il n’en demeure pas moins d’un formidable intérêt pour la compréhension de la littérature hagiographique bretonne et la connaissance des anciennes croyances païennes. Il méritait bien qu’un ouvrage tente une mise à jour de l’état de cette question, et peut-être la renouvelle par le biais des approches diverses de la recherche actuelle dans les domaines des sciences sociales et d’histoire des religions. C’est aujourd’hui chose faite avec ce livre collectif rassemblant une série d’essais validés par un comité scientifque. Une bonne occasion de redécouvrir sous un jour nouveau, entre autre, la légende des sept saints de Bretagne, le duo formé par saint Corentin et son anguille, et le bâton merveilleux de saint Goëznou…