CIRDoMoC
Centre International de Recherche et de Documentation sur le Monachisme Celtique

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10 juillet 2008
Jean-Yves Le Moing

05 juillet 2008

La journée a débuté par l’assemblée générale, avec rapport moral et rapport financier ; c’est l’occasion de faire le point sur les projets importants réalisés ou en cours : les mélanges offerts à Gwenaël Le Duc (qui sortent ce jour), les mélanges à Hubert Guillotel (l’an prochain), le projet de publication du cartulaire de Landévennec (reporté à fin 2010 ou 2011) ; l’occasion aussi de mentionner les 20 ans de l’association, les cent exposés faits lors des journées de juillet, les publications faites, le site internet de l’association (qui contient désormais les textes en latin du cartulaire de Landévennec).

Puis c’est la présentation par Hervé Le Bihan du numéro 12 de Britannia Monastica, fort volume de 504 pages avec en couverture une image associant mer, îles et soleil voilé mais rayonnant, illustrant superbement le titre À travers les îles celtiques = A dreuz an inizi keltiek per insulas scotticas ; 35 collaborateurs ont participé à cet ouvrage, qui regroupe des articles d’intérêt soutenu. Pierre-Yves Lambert retrace la carrière de Gwenaël Le Duc à travers les pays celtiques, et remet un exemplaire de l’ouvrage à la mère de celui qui a tant contribué à faire vivre le CIRDoMoC pendant vingt ans.

Claire Garault, Le passé recomposé : traditions locales et mémoire monastique. Le cas de l’abbaye de Saint-Sauveur de Redon

La jeune doctorante a montré comment les ouvrages écrits dans l’abbaye de Redon, aussi bien les chartes du cartulaire que les Gesta Sanctorum Rotonensium et la Vita Conuuoionis fournissent une mémoire monastique du temps, permettant une reconstitution du passé. Les travaux de Caroline Brett ont permis de mieux dater les documents : les Gesta Sanctorum vers 868 et avant 888 (date d’un miracle figurant dans le cartulaire) ; des chartes du ixe siècle dans le cartulaire (réédité en 1998 par l’évêché de Rennes ; chartes datées par Hubert Guillotel entre autres), la Vita de saint Convoion achevée au xie siècle. L’auteur des Gesta Sanctorum pourrait être Ratvili, qui préside les obsèques de Convoion à Maxent.

L’étude des documents montre une connaissance précise de la topographie locale, l’utilisation de sources orales contemporaines et de documents écrits alors existants, ainsi que l’appel à l’imaginaire pour constituer une légende de fondation des monastères et des actes des saints. Les sources utilisées sont analysées et commentées, retranscrites avec mise en exergue des points importants, apport de justificatifs, tout cela aboutissant à la fabrication d’une nouvelle mémoire collective.

Philippe Lahellec, Postérité littéraire de la Vie latine de sainte Ninnoc sous la plume d’Albert Le Grand

La vie des saincts de la Bretaigne armorique du dominicain Albert Le Grand (Nantes, Pierre Doriou, 1637), rééditée en 1659, 1680, 1837 et 1901, comprend dans sa première édition 78 Vies de saints, 3 récits et 9 catalogues épiscopaux, un pour chaque évêché breton. Cet ouvrage a été souvent critiqué, notamment par dom Lobineau puis par l’abbé F. Duine (« le plus mauvais ouvrage qu’un critique puisse consulter »), outrés par les libertés prises par un auteur avant tout soucieux du style et de l’impact de son texte (en bon prédicateur) au détriment du respect de ses sources.

Dans un cas comme celui de la Vie de sainte Ninnoc, la comparaison entre sa source (que conserve le cartulaire de l’abbaye Sainte-Croix de Quimperlé) et la version qu’il en redonne révèle une copie souvent imparfaite, voire erronée, des noms propres modifiés pour en faire ressortir l’étymologie réelle ou supposée ou suite à une cacographie, ainsi que des manipulations conscientes de sa source (saint Germain chanoine de Latran envoyé d’Irlande par saint Patrick devient saint Germain d’Auxerre venu du continent lutter contre le pélagianisme, assimilation à l’origine de l’un des remaniements les plus significatifs de l’intrigue). Albert Le Grand inscrit son récit dans le modèle institutionnel hérité de Pierre Le Baud, Alain Bouchart et Bertrand d’Argentré, tout en brossant un contexte devant plus à sa propre époque qu’à la Vite latine.

En question abordée, la féminité de sainte Ninnog, parfois prétendue être un homme.

Pierre-Yves Lambert, Aspects de la réception d’Isidore de Séville dans les pays celtiques

Évêque de 601 à 636 à Séville, alors capitale d’un royaume wisigothique, Isidore fut l’auteur de nombreux écrits de nature encyclopédique (physique : de natura rerum, de viris illustribus, loi des nombres, lexicographiques, étymologiques) ; cette remarquable base de connaissances fut d’un emploi quasi universel à l’époque en Europe. Et depuis 2001, il est considéré comme patron des informaticiens et de l’internet ! On peut consulter une partie de son œuvre sur Internet ici et . Il est connu en Irlande dès le viie siècle. Ses documents recopiés dans les pays celtiques comportent des gloses, surtout lexicales (cf. les textes de Laon). Mais souvent les emprunts ou les copies de ses textes ne sont pas cités ; telle la Lorica ("cuirasse") attribuée à Gildas.

La Collectio Canonum Hibernensis, vaste ouvrage de compilation réalisé en Irlande au début du viie siècle, utilise diverses versions des œuvres d’Isidore de Séville.

Soazick Kerneis, Le soin des âmes et l’administration des corps. Les premières paroisses en Bretagne

C’est à un réexamen des conditions d’installation des Bretons en Armorique que se livre Soazick Kerneïs, en écartant une immigration spontanée pour étudier une implantation voulue par des impératifs militaires, et donc organisée par l’armée romaine ; des populations militaires marginalisées auraient été déplacées, d’anciens prisonniers de guerre, comme les hommes des basse terres d’Ecosse déportés vers le Rhin et le Danube… Des dates de départ des troupes romaines de Bretagne vers le continent sont connues : 350, 383, 407, comportant chaque fois des milliers d’hommes.

Ces hommes sous commandement militaire auraient été à l’origine des premières paroisses en plou, avec un statut de fédérés (alliés) ; ils auraient acquis le droit de s’administrer eux-même vers la fin de l’empire romain. Les révoltes bagaudes du début du Ve siècle auraient pu trouver leur origine dans ces populations déportées, que Aetius arrive à maîtriser en 435. Mais la révolte reprend, Tibatto est capturé, les Alains sont envoyés dévaster l’Armorique. Et Germain d’Auxerre essaie de ramener la paix. Ces populations déplacées n’auraient pas eu le statut de citoyens romains, mais auraient été soumis au code Théodosien (398). Des prêtres locaux auraient été établis dans ces nouvelles paroisses, qui par la suite se seraient multipliées en Bretagne. Le problème de l’achat des terres par les capitalis est évoqué (au départ, il n’y avait pas de droit d’achat) ; ceux-ci seraient devenus les machtiern, chefs civils des paroisses.

Cette remise en question des origines des premiers Bretons a donné lieu à quelques questions et commentaires, mais le sujet était propre à faire l’objet un débat animé et bien trop vaste pour avoir pu être examiné en profondeur. Il reviendra sûrement faire l’objet de nombreuses discussions dans les années futures. Soazick Kerneïs a reconnu que ces éléments sont des hypothèses ; il faudra donc analyser la valeur des arguments et étudier les contradictions potentielles.