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Centre International de Recherche et de Documentation sur le Monachisme Celtique

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8 juillet 2011
Jean-Yves Le Moing

Territoires et christianisation (II) - 02 juillet 2011

Territoires et christianisation (II)

L’assemblée générale, tenue en début d’après-midi, a vu le renouvellement d’un tiers du conseil d’administration.

Guy Jarousseau, L’abbaye de Saint-Maur-sur-Loire et les Bretons dans la première moitié du ixe siècle

Située sur la rive gauche de la Loire entre Angers et Saumur, l’abbaye de Saint-Maur-sur-Loire a eu des relations avec la Bretagne, et particulièrement avec l’abbaye de Redon. Cette abbaye angevine, fondée probablement au VIe ou au VIIe siècle, fut pillée par les Normands, ses moines se réfugiant à Saint-Pierre des Fossés près de Paris. Sa restauration se fit en 832-833, comme l’écrit Eudes de Glanfeuil, abbé de Saint-Maur vers 866, dans son histoire de l’abbaye. Le lien avec Redon, fondé à l’époque de la restauration de Saint-Maur, se fait en la personne de Gerfred, moine ermite non breton, installé probablement à Loqueffret non loin de Landévennec, qui vient expliquer pendant deux ans aux moines de Redon comment observer la règle de saint Benoît. Ensuite, il retourne dans sa communauté à Saint-Maur. Comme il avait été ermite pendant 20 ans en compagnie du prêtre breton Fidweten, il faut supposer que sa communauté d’origine était celle de Saint-Pierre des Fossés d’où sont partis les moines restaurateurs de Saint-Maur.

Il aurait pu venir à Landévennec avec Louis Le Pieux et serait resté ensuite en Bretagne.

Lorsque Fidweten demande à son suzerain Nominoe licence de pouvoir quitter la Bretagne, celui-ci lui répond en lui donnant licence de s’intégrer à la communauté monastique de Redon.

Au moins un breton a fait partie de la première communauté monastique de Saint-Maur, il s’agit de Wincalon, ami de Rorgon, comte de Porhoët puis du Mans et restaurateur de l’abbaye de Saint-Maur-sur-Loire.

Jean-Claude Meuret, Le processus de densification du réseau paroissial à l’est de la Bretagne aux xie et xiie siècles

Jean-Claude Meuret, archéologue, nous a présenté la fondation ou l’essai de fondation de plusieurs paroisses en limite de Bretagne et Anjou, dans un contexte de renforcement de la présence humaine à une époque où les seigneurs angevins affirment leur puissance. Ces implantations, souvent proches d’une forêt frontière, se font en des lieux repérés comme équidistants des communautés ou châteaux proches ; ils font partie du processus d’achèvement du réseau paroissial aux xie et xiie siècles.

Parmi les sites présentés avec plans et photos, Le Roseray à Ballots (Mayenne), Carbay (Maine-et-Loire) fondé dans une villa (Villa supradicta Querbai) entre les châteaux de Pouancé et Châteaubriant, l’abbaye de Notre-Dame de Nyoisseau (Maine-et-Loire) fondée en 1109 par un certain Salomon, la paroisse de la Roë à partir d’une donation de terre suivie de la fondation d’une abbaye, ou encore le Breil Ingault qui sera un échec (Briangault, aujourd’hui compris dans la paroisse de Sion-les-Mines, Loire-Atlantique).

Ces créations commencent le plus souvent par l’implantation d’une population dans une enceinte restreinte comportant cimetière et autel puis église, portant le nom global de cimetière

Éric Limousin, Contrôler et organiser les chrétientés périphériques de l’Empire byzantin

Si une unité religieuse théorique a été organisée par les conciles, à la fin de la crise iconoclaste, l’église orthodoxe, symbolisée par le prestigieux édifice de Sainte-Sophie du patriarche de Constantinople, n’est plus unie réellement, car il y a des "hérétiques". L’unité théorique reste représentée par des églises grecques locales, qui décalquent la situation byzantine, aussi bien en Bulgarie qu’à Kiev. Mais la conversion des peuples slaves au IXe siècle entraîne la création d’églises nationales. Un réseau ecclésiastique se met en place dans le Péloponèse. Dans le Caucase, Arméniens et Géorgiens s’intègrent dans l’Empire, mais introduisent des variantes religieuses (les Monophysites, les Chalcédoniens, …) d’où la présence de minorités hétérodoxes. En Asie Mineure, les Musulmans se convertissent souvent de manière fictive, entraînant des sources de conflits ultérieurs (Alep, Antioche, Tripoli, Biblos, …).

En 1025, l’expansion turque et l’arménisation par immigration se passe dans l’indifférence du clergé de Constantinople. L’abandon du grec par les populations éloignées de Constantinople entraîne des accusations d’hérésie pour de "mauvais" orthodoxes.

Vincent Launay, La politique monastique des ducs de Bretagne : l’exemple de Saint-Sulpice-la-Forêt

La date de fondation de l’abbaye de Saint-Sulpice du Nid de Merle près de Rennes est inconnue, attribuée à Ermengarde et Conan iii avant 1117 lors du renouveau monastique. Le pouvoir ducal s’y manifeste (gestion de la forêt proche en silva et non en foresta) ; Hoël, fils de Conan iii, dote l’abbaye à la mort de son père. Ses deux filles (O., et Ennoguent) y sont moniale et abbesse, probablement à la même période. Constance fille de Conan IV et Pierre de Dreux y font des donations. En 1242, Jean Ier donne des rentes à l’abbaye mais récupère les revenus de la cohue d’Auray, ce qui peut être le signe de difficultés financières.

Une remarque intéressante est la parenté architecturale entre les abbatiales de Saint-Sulpice, La Roë, Le Nyoiseau et Fontevraut.

Joël Hascoët, Les saints fondateurs, des héros qui s’ignorent. L’exemple des troménies bretonnes

Joël Hascoët présente des extraits de son travail de thèse. L’exemple des troménies bretonnes s’intègre dans le processus de la fondation des paroisses (Plou, Lan , …)

Les thèmes récurrents des troménies sont :

  • le héros arpenteur qui pratique un arpentage merveilleux avec l’aide d’un animal,
  • un mode de transmission populaire et un autre religieux,
  • la fondation d’un microcosme (paroisse) sur un modèle cosmogonique.
  • Les saints sont les intercesseurs entre Dieu et les hommes ; ils fournissent un contact avec l’au-delà, la possibilité de miracles, d’où les récits merveilleux. On peut faire un parallèle entre ces saints et les super-héros du monde moderne issus des médias (BDs, vidéos, …)

Joël Hascoët nous présente aussi les plans des parcours de plusieurs troménies bretonnes (Locronan, Landeleau, Locquénolé, Plabennec, Bourbriac, …).