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11 juillet 2004
Gwenaël Le Duc

Bretons et Irlandais, Irlandais et Bretons : Note préliminaire

[p. 7] La tradition rapporte depuis longtemps la venue de quelques Irlandais en Bretagne, moines ou anachorètes plus ou moins pittoresques et légendaires, en général difficiles à situer dans l’histoire, dont le rôle n’a souvent été que local. L’histoire garde également la mémoire de la venue d’Irlandais en Europe continentale.

Mais ce n’est qu’assez récemment que le Pr. Fleuriot a pu mettre en évidence que le terme qui les désigne, scottus, scottigenus, pouvait également s’appliquer à des Bretons armoricains, et que ces derniers ont également contribué au renouveau intellectuel de la Renaissance Carolingienne. Où, quand, comment, pourquoi… C’est ce qu’il reste a découvrir, à étudier, et à comprendre.

L’on aura toujours des difficultés et des scrupules a bâtir l’histoire sur des données trop visiblement légendaires, quand elles ne sont pas suspectes, et c’est sans doute ce qui a contribué à laisser le sujet « en marge », pour ne pas dire dans les limbes ou dans l’oubli, ce qui a contribué à une compréhension partielle, et finalement biaisée ou incomplète des faits. Pourtant l’on peut rassembler quelques données qui justifient déjà que l’on approfondisse l’étude.

Dans l’état actuel de la question, deux faits me semblent dominer : d’une part nous avons des légendes que l’historien ne peut exploiter avec une confiance absolue : il faut d’autres certitudes, des confirmations. D’autre part nous avons un assez grand nombre de faits déjà connus, étudiés, mais mal classés et donc à reconsidérer : l’on ne prête qu’aux riches, et si les Irlandais n’ont pas tiré la couverture à eux, il faut parfois rendre aux Bretons ce qui leur appartient. Dans les deux cas, il faut revoir incessamment les faits, y compris ceux que l’on tenait pour acquis.

En ce qui concerne les légendes et vies de saints, la méfiance est de règle : les textes n’étant jamais contemporains des personnages ou des événements, nous n’avons pas toujours les moyens de vérifier ce qui ressortit à l’histoire, à l’invention, à la confusion. Trop souvent les parallèles flagrants avec l’Évangile, le folklore (même moderne), les textes comparables imposent le doute, la méfiance ou l’incrédulité.

Il faut contrôler ce que l’on peut obliquement, c’est-a-dire en fait par les détails que le folklore n’a pu inventer ou déformer : un comportement social est moins facilement modifiable qu’un récit qui reste toujours celui d’un individu. L’on peut hésiter a croire tout ce qui se trouve dans la légende de saint Ronan, les érudits sont divisés quant à déterminer [p. 8] au siècle près l’époque ou il vécut, et celle ou la Vita a été écrite, l’existence de la Troménie est par contre un fait historique qui se prête a l’étude.

L’onomastique apporte de précieuses confirmations, car l’on peut postuler que les Bretons n’avaient que peu de clartés sur la philologie du celtique ancien ou insulaire : on remarque ainsi que Ronan est bien une forme irlandaise, la forme bretonne étant Renan, (on la retrouve dans Laurenan, / Lanrenan, forme voisine de Locronan). L’on a également Suliac, avec un s- initial qui n’est pas indigène. L’on retient sainte Pompée (sancta Pompaia) qui d’après une tradition serait d’ascendance irlandaise ; cette tradition n’est guère confirmée que par la forme Bretonne, Santez Koupaia… L’on peut encore ajouter des doublets qu’il est délicat d’interpréter, comme Finnian / UUiniau, ou des formes adaptées, des parentés forcées comme Guignier / Fingar, indices de confusions ou d’assimilations variées et pas toujours plus anciennes que celle faite entre saint René et saint Ronan. Cela ne confirme pas tout, mais c’est suffisant pour bien montrer que des Irlandais sont venus en Bretagne, que ce n’est pas qu’un « on-dit », qu’il faut en savoir plus.

Un fait plus obscur qui illustre la nécessite de nouvelles recherches, on remarque que l’irlandais confond la Letavie (Bretagne Armoricaine) et le Latium, que la langue différencie en précisant Letha / Roim Letha. Il est curieux que l’on retrouve une confusion de cet ordre dans la Vita Brioci, même si la connexion irlandaise nous échappe.

Nous voyons dans une version du xive siècle sainte Azénor parvenir en Irlande dans un tonneau, et son fils saint Budoc en revenir dans ce qui lui servait de lit, à savoir une pierre creusée qui est en fait un sarcophage. Croie cette légende qui veut, l’historien ne peut rien faire d’un tel récit. Prenons un témoignage plus sérieux : nous voyons St Gwennolé envisager de se rendre en Irlande, et y renoncer sur l’intervention de saint Patrick. Quels que soient les fondements historiques des faits, il est certain que ce qui semble merveilleux à Wrdisten, c‘est l’apparition de saint Patrick ; quant a l’existence de marchands commerçant avec l’Irlande, quant au fait que saint Gwennolé veuille approfondir ses connaissances en Irlande, cela ne parait que normal. La genèse de la Vie de saint Malo est sans doute complexe, mais il est clair que l’auteur a utilisé des traditions d’origine irlandaise pour ce qui concerne saint Brendan ; le fait que le maître se fasse donner des leçons ou admette la suprématie de saint Malo montre bien, à mon avis, que sa célébrité, ou son culte, n’était pas mince. Mais ce culte n’a guère laissé de traces ! Par contre, chose étrange, c’est apparemment sur le continent, et dans cette région qu’ont été mis pour la première fois par écrit les récits merveilleux du Voyage de saint Brendan . L’histoire ancienne de cette légende est perdue dans la brume.

Certains Irlandais sont sans doute arrivés en Bretagne par hasard. Dans la Vie de saint Efflam, nous voyons des pêcheurs surpris par la découverte d’un bateau de cuir. Voila qui rappelle un autre récit de la Chronique Anglo-Saxonne, ou l‘on voit des moines irlandais qui débarquent poussés par le vent dans un curragh sans rames. Mais pour revenir à la légende bretonne, nul doute que ces pêcheurs n’aient découvert un curragh, mais il est clair aussi que ce type de bateau leur est étranger, et que donc le détail n’est pas inventé de toutes pièces, même si l’on peut toujours suspecter que l’on a étoffé un récit de Vita avec un détail sans rapport avec le saint. Je remarque au passage que le mot « latin » curruces existe, et qu’il n’est pas employé, qu’on lui a préféré corium. L’on peut alors se demander si dans la Vie de Saint Malo (xii) Rore n’est pas une déformation de *kore(a). [p. 9]

On relève aussi que les saints irlandais ou assimilés ont souvent maille à partir avec la population locale : saints ou anachorètes admirés, ils provoquent parfois des réactions d’hostilité, par exemple de la part de Kében dans la Vie de saint Ronan. Dans la Vie de St Tugdual, Scottigenus est une insulte. Il est possible que la langue (qui les sépare de la population, alors qu’elle rapproche cette dernière des saints gallois) y soit pour quelque chose. Mais tous les saints bretons sont tôt ou tard confrontés à les impies que seule la force (sous forme de châtiment divin) ramène à la raison, alors il faut renoncer à tirer parti de cela. Plus net par contre, le compagnon irlandais de saint Hervé, Hucan, qui est un avatar du dieu Lug, montrerait l’introduction de traditions d’origine irlandaise.

Archéologiquement parlant, pour l’instant, nous n’avons guère de faits très probants : la croix de Logonna-Daoulas ressemble effectivement à la croix de Moone, mais il semble bien qu’il s’agisse d’une coïncidence, la croix bretonne étant plus tardive et sans doute inspirée de l’imagerie populaire. La plupart des autres croix sont très frustres, et les parallèles que l’on peut faire avec des croix irlandaises ne sont guère probants surtout lorsque l’on trouve des points de comparaison bien plus convaincants parmi des croix corniques ou galloises. Les fouilles de l’île Lavret n’ont pas permis, à ma connaissance, de confirmer des contacts directs avec l’Irlande.

Quant aux saints irlandais honorés en Bretagne, nous pouvons noter saint Brendan (saint Broladre est-il bien un avatar de ce saint ?), déjà mentionné plus haut, ou encore saint Patrick, dont la vie écrite par Cogitosus a été connue en Bretagne, et sainte Brigitte, dont nous avons quelques reliques connues. Mais la question de sainte Brigitte est loin d’être simple et claire, parce qu’il ne s’agit pas seulement d’une sainte, et cela dépasse assurément notre sujet. Il y en a beaucoup d’autres, mais ce que nous savons a leur égard ne dépasse pas toujours ce que l’on peut tirer de leur nom.

Bien d’autres questions peuvent être soulevées, mais si les éléments insulaires, les rapprochements, sont nombreux, nous ne pouvons pas savoir ce qui vient spécifiquement d’Irlande, du Pays de Galles, ou de Cornouaille Britannique, ou encore d’Irlande à travers le Pays de Galles (et/ou la Cornouaille…). C’est le cas par exemple des usages scottiques. Ceci pour l’Armorique.

Dans le reste de l’Europe, nous constatons d’abord la confusion : le fait que le terme scotti(geni) s’applique à tous laisse supposer qu’il existait une possibilité de confusion ou d’assimilation, qu‘ils avaient quelque chose en commun. Quoi précisément, il est malaise de le définir, d’autant qu’à basse époque (au xe siècle par exemple), les « usages scottiques » que nous venons de mentionner ne pouvaient être leur bien commun.

L’on constate effectivement que Bretons et Irlandais paraissent s’assembler facilement, même si ce n’est pas toujours sur un pied d’égalité : Lorsque saint Colomban débarque a Nantes, par exemple, il s’adjoint douze bretons, qui le suivront. L’abbé qui lui succédera à la tête de Bobbio, Winnoc, ne peut d’ailleurs être qu’un breton. Mais nous ne savons pas même s’il faisait partie des douze bretons recrutés sur le continent.

À Laon, les maîtres de l’« école de Laon » dont nous avons les noms sont Jean Scot Erigène (sans aucun doute irlandais), Martinus (qui, selon moi, est peut-être en fait un enfant du pays ; mais s’il ne sait pas l’Irlandais, il est bien dit Hiberniensis et … il écrit comme un Breton, c’est-à-dire en écriture continentale avec beaucoup de signes insulaires [p. 10], Daoch et Egroal, dont nous ne savons rien, mais le Pr. Fleuriot y avait reconnu des Bretons ; et finalement Israel, dont la nationalité n’est pas donnée, mais dont nous savons maintenant qu’il était originaire du diocèse de Rennes.

Y avait-t-il d’autres bretons à Laon ? Malcalenus (un Irlandais, fondateur de St-Michel en Thiérache, dont le nom était sans doute en fait *Mac-Calain), est sollicité pour créer le monastère de St-Vincent de Laon, et il le fait avec douze moines venus de Fleury ; son successeur est un « adiutor ac sociur » de Malcalenus, Cadroën, qui est « scotus, non hibernicus », originaire de Grande-Bretagne, mais qui a quand même séjourné en Irlande. Ces deux saints personnages sont allés, en 961, chercher leurs douze moines à Fleury ; évidemment (mais aucun document ne le dit explicitement), ils y ont trouve les Bretons chassés de Saint-Gildas-de-Rhuys par les Normands en 960, qui venaient d’arriver et se trouvaient en surnombre. Est-ce assez pour conclure qu’il y avait bien des Bretons dans l’ombre des Irlandais à Laon ? On remarque qu’il y a à la Bibliothèque Municipale de Laon trois manuscrits venus d’Orléans, dont un à mon avis contient quelques pages écrites par un Breton acclimaté, et un manuscrit Breton venu de Saint-Vincent, qui est d’ailleurs un manuscrit d’une œuvre d’Alcuin, Si le rôle des Bretons apparaît effectivement comme réduit, est-il pour autant inexistant ?

Quand nous recherchons notre patrimoine dans ce qui est ordinairement attribue aux Irlandais, notre moisson n’est pas mince. En fait, ce qui s’est produit la plupart du temps, c‘est une erreur de départ, parfois vieille, aggravée par un certain conservatisme des idées que l’on croyait acquises. Cette erreur de départ, elle peut être une simple fausse piste (comme l’emploi du mot scottus), comme une faute d’appréciation. La présence de signes d’abréviations insulaires dans un manuscrit le faisait attribuer, avec texte, parchemin et reliure ou peu s’en faut, à l’Irlande. La réalité est toujours plus complexe, puisque l’on mettait ainsi dans le même sac les Irlandais, les Gallois, les Anglo-Saxons, et les Bretons, qu’ils soient d’ailleurs insulaires, continentaux, ou continentalisés, que ce soient eux, leurs disciples ou leurs élèves…

Prenons les Hisperica Famina, couramment attribués à l’Irlande. En fait, sur les quatre manuscrits connus, trois sont bretons, dont deux sont gloses en Vieux-Breton. L’on retrouve des traces d’hispérisme surtout dans les textes d’origine bretonne, jamais à notre connaissance dans des textes d’origine irlandaise (mais parfois dans des textes anglo-saxons). Quelques détails, comme la mention de cités, rendent improbable que le texte, pour autant qu’on le comprenne, ait été fait en Irlande. Mais pour élucider un texte très obscur, l’on ne s’inquiète pas des informations données par les gloses en vieux-breton ; c’est aussi regrettable qu’incompréhensible et, tout compte fait, révélateur du chemin qu’il nous reste à parcourir.

Le seul fragment hispérique conservé dans un manuscrit irlandais est d’ailleurs tardif, mais aussi attribué à Gildas, ce qui montre bien que les Irlandais y voyaient quelque chose d’étranger. On constate aussi que sur le continent, les Irlandais sont passes maîtres dans l’art de communiquer secrètement : les notes tyronniennes, les cryptogrammes, le grec, le chiffre, l’hébreu, les mots rares, et bien sur l’irlandais. On leur doit des glossaires très riches, ou bien ils les ont complétés - or ces mots hispériques ne s‘y retrouvent pas. Évidemment tout cela mérite une révision.

Un autre point particulier, celui des pénitentiels irlandais. Qu’ils soient attribués à des Irlandais surprend d’autant moins que nous connaissons l’influence de la règle de St [p. 11] Colomban sur les règles monastiques, et que des Irlandais sont bien les auteurs de plusieurs de ces textes.

L’on constate que sous ce titre la tradition des érudits modernes a depuis longtemps rangé des textes dont l’origine irlandaise est indubitable, mais aussi d‘autres dont l’origine Bretonne continentale ne souffre plus le doute. En plus, beaucoup de ces textes ne sont contenus que dans des manuscrits bretons, et le nom d’auteur qui leur est attribué, irlandais ou pas, est parfois suspect. Au mieux, nous ne disposons que des versions bretonnes d’un texte qui est peut-être seulement d’origine irlandaise. Le pénitentiel de Finnian est signé Uinniaus, un manuscrit donne au titre Vinniani : ce sont des formes brittoniques, pas irlandaises, et s’il existe bien des parentes nettes avec des textes effectivement d’origine irlandaise, il s’agit sans doute d’un texte armoricain. Les manuscrits reconnus comme Bretons ont pour origine la plus ancienne connue Fleury, Fecamp, Oxford, Cambridge, Corbie. Ils voisinent avec des manuscrits d’origine ou de parenté irlandaise.

Une glose vieille-irlandaise publiée récemment par mon ami Dáibhí O Cróinín est à mon avis copiée par un Breton hors de Bretagne, sur un manuscrit qu’un Irlandais avait utilisé.

Évidemment, dans chaque cas, dès que l’on pousse un peu l’analyse, l’on s’aperçoit que les faits sont complexes, hérissés d’incertitudes et d’inconnues, sans doute encore plus complexes que nous ne pouvons le savoir parce que nous ne disposerons jamais de tous les témoins, et que chaque cas finit bien par apparaître comme une situation particulière qui ne se prête pas à la généralisation, sauf à se contenter d‘une affirmation aussi vague qu’exacte et faussement sécurisante : Bretons et Irlandais ont été en contact étroit au Haut Moyen Age, et pas seulement en Bretagne Armoricaine.

Aller plus loin, malheureusement, une fois que l’on a choisi d’être historien et non romancier, est ardu, long, difficile, et décevant parce que l’on voit, l’on entrevoit les faits, au mieux on les sait, mais on ne les connaît jamais assez.

En effet, ce que nous avons là, ce sont là des poussières, des éléments très disparates qui sont autant d’indices, certes, mais qu’il est difficile de faire rentrer dans une conception générale, dans un expose complet des faits qui reste à écrire, d’autant que lorsque l’étude les révèle, les faits sont d’autant plus surprenants, voire déconcertants : saint Ronan et la Troménie sont depuis longtemps connus, l’étude de M. Laurent, qui a été longue et qui à notre connaissance n’est pas terminée, montre que cela va bien au-delà de la pérégrination journalière obstinément répétée d’un brave anachorète, vivant aux marges d’un paganisme latent. Les fouilles de Philippe Guigon excitent d’autant plus la curiosité. La comparaison avec le pèlerinage de St Patrick, étudié par M. Merdrignac, qui semble à première vue extérieure au sujet, puisque traitant de l’Irlande, fait ainsi d’autant mieux ressortir l’intérêt d’études comparatives.

Si la Bretagne du Haut Moyen-Age n’apparaît plus depuis longtemps aux yeux des spécialistes comme un désert intellectuel, l’on pouvait croire que la Bretagne restait quand même un peu à l’écart de l’activité fébrile des moines irlandais en d’autre endroits du continent (et bien sûr, de l’activité intellectuelle du temps). Il n’en est rien : si la Bretagne monastique doit beaucoup de son particularisme au monachisme celtique (cela, tout le monde en convient, c’est l’évidence) l’on n’allait guère au-delà d’une tradition commune, avec des contacts accidentels ou épisodiques avec l’Irlande et les Irlandais. [p. 12] Maintenant l’on sait que comme les Irlandais, les Bretons ont contribué à l’enrichissement du patrimoine intellectuel européen en préservant ou en communiquant des textes perdus ou inconnus ailleurs. L’on sait également grâce aux recherches de M. Lambert, que l’analyse fine des gloses latines ou vernaculaires des manuscrits permet de montrer l’existence de relations intellectuelles étroites entre des Irlandais et des Bretons : l’identité n’est pas totale, elle n’est pas parfaite, ce qui montre bien l’originalité de chaque tradition, mais les rapports sont flagrants. Une fois l’existence des faits reconnue et démontrée, ce qui a déjà été fait, reste à en approfondir l’étude pour en mieux connaître la nature et la portée. Il faut d’abord parvenir à classer les données, c’est ce que propose M. Lambert dans sa conférence, dont l’importance n’apparaît qu’a long terme, puisque c’est de cette classification que va dépendre l’organisation de nos connaissances sur le sujet.

Ubi Scottigeni, ubi Brittigeni : là ou il y a des Scots, il y a des bretons. C’est sans doute vrai, mais reste à vérifier car nous ne pouvons pas savoir quelle importance peut avoir une preuve, ou un détail, ou une indication sure quand elle l’est : est-ce une exception (celle qui confirme la règle) ? Ou bien est-ce un cas-type susceptible d’étayer une généralisation ? Une fois les faits rassembles tant bien que mal, il nous reste à répondre aux questions traditionnelles évoquées plus haut : Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Etc ! Ces questions, nous ne sommes pas toujours prêts a y répondre d’une manière précise.

Prenons cet exemple : dans une région ou les Irlandais ont laissé leur souvenir présent partout, où de nombreuses fondations leur sont attribuées, l’on trouve une petite abbaye à Brétigny (Britanniacum), à proximité de Noyon ; tout ce que nous savons est qu’elle existait en 754. Nous connaissons le nom d’un moine, Hucbertus, qui n’est évidemment ni breton, ni irlandais. Le toponyme suggère assez clairement une fondation bretonne ancienne contemporaine d’autres fondations irlandaises, comparables avec elles, dans la même région, ce qui suppose au moins des relations, mais que comment dépasser le stade de l’hypothèse ?

Les éléments sont disparates, réclament parfois des compétences très étendues, pour ne pas dire variées à l’infini, et l’étude de ces éléments est loin d’être terminée. Dans le cadre de ce colloque, trois points particuliers ont été examinés, qui laissent entrevoir bien des choses : trois moellons dans un mur qui sera long à construire. Il est vraisemblable que dans dix ans, quinze ans peut-être, la question aura beaucoup évolué, et qu’il vaudra la peine de reprendre ce sujet, et c’est le rôle du CIRDoMoC que de contribuer a cette lente édification.