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22 juillet 2004
André-Yves Bourgès

Les éléments du dossier

[p. 28] Le dossier littéraire de saint Melar renferme principalement deux *vitae qui n’existent plus sous leur forme primitive, continue et complète, et qui sont seulement accessibles par des textes remaniés et lacunaires ; ainsi que le court récit, apparemment conservé dans son intégralité, du transfert et de la réunion miraculeuse des reliques du saint. Les textes en question sont contenus dans des mss relativement tardifs (du xive au xixe siècle) dont nous donnons ci-dessous la liste. En l’état actuel, fragmentaire et disparate, de cette documentation, il ne saurait être question d’établir un quelconque stemma codicum de la tradition littéraire mélarienne : à peine peut-on tenter d’en esquisser le stemma textuum.

La consultation de sources anglaises permet de fixer avec assez de précision le terme de la composition des *vitae de saint Melar. Celle que nous désignerons *vita Ia a été utilisée, en même temps que le récit de l’épisode miraculeux relatif aux reliques du saint, par le compilateur du Sanctilogium Angliae, Walliae, Scotiae et Hiberniae, Jean de Tynemouth, qui travaillait vers 1325-1350, sans doute à l’abbaye de Saint-Albans ; l’autre, que nous désignerons *vita IIa, a été utilisée par l’auteur du Legendarium d’Exeter, l’évêque Jean de Grandisson, qui travaillait vers 1340-1365.

Le terminus a quo de la composition de chacune de ces deux *vitae est moins aisé à déterminer. Il est probable que l’histoire de saint Melar était déjà connue et racontée à Lanmeur dès le milieu du ixe siècle, puisque l’hagiographe Bili, qui a pu d’ailleurs l’entendre sur place à l’occasion de son déplacement à Saint-Pol-de-Léon, paraît s’en être inspiré pour plusieurs épisodes de sa propre composition sur saint Malo ; dès cette époque le récit débordait déjà largement la seule existence terrestre du jeune prince et traitait également de ses origines familiales ainsi que des événements intervenus après son martyre. Cette éventuelle tradition mélarienne à Lanmeur était-elle alors déjà fixée par écrit ou demeurait-elle simplement orale ? La question est d’importance et ne peut être tranchée de manière définitive. Les pièces conservées du dossier littéraire de saint Melar font explicitement référence en plusieurs occasions à des sources orales, mais ne disent rien des éventuelles sources écrites auxquelles leurs auteurs ont peut-être puisé.

[p. 29] En tout état de cause, le récit connu dès l’époque carolingienne à Lanmeur a fait l’objet d’un traitement écrit dans le dernier tiers du xie siècle, probablement entre 1066 et 1084, non seulement ’mode d’emploi’ des reliques vénérées dans le martyrium du lieu, mais encore justification des droits de la maison de Cornouaille en Trégor. L’hagiographe était bon connaisseur de la tradition mélarienne locale, peut-être conservée par des *acta anciens du saint, et évidemment intéressé au développement de la notoriété du sanctuaire ; en outre il s’est appuyé sur les éléments d’une enquête élargie à la Cornouaille et au Léon : c’est à cette occasion qu’il a composé, en appendice à la *vita, un ouvrage distinct, très court, relatif au transfert et à la réunion miraculeuse des reliques du saint, épisode évidemment plus tardif, que l’hagiographe situe dans les monts d’Arrée. Cet ensemble hagiographique à vocation essentiellement régionale fut cependant transporté très tôt hors de Bretagne, puisque qu’on le retrouve notamment à Meaux et à Amesbury où il remplit sur place son rôle de ’mode d’emploi’ de reliques de différents saints nommés Melar. En même temps, il est possible que le sanctuaire de Lanmeur, où était sans doute conservé originellement le ms. original de l’ensemble en question, ait connu des événements qui amenèrent la perte au moins partielle de ce ms. : ainsi, l’anecdote du miracle des monts d’Arrée, épisode connu à Meaux et à Amesbury, était-elle formellement ignorée en Basse-Bretagne aux xvie, xviie et xviiie siècles, autant à Quimper qu’à Lanmeur.

D’ailleurs il semble que la seconde *vita de saint Melar omettait déjà cette anecdote : la source principale de l’hagiographe est pourtant bien la *vita Ia à laquelle il emprunte la trame générale du récit ainsi qu’un certain nombre de détails ; mais nous ne savons pas où il a consulté cet ouvrage et s’il a pu prendre connaissance de l’ensemble hagiographique dont la *vita Ia faisait initialement partie. En tout état de cause, c’est par la *vita IIa que la tradition mélarienne était connue non seulement à Exeter, au moins depuis le milieu du xive siècle, mais également en Basse-Bretagne, à la fin du Moyen Age, notamment sous la forme d’un abrégé tardif, désigné *Legenda sancti Melarii, inséré dans un légendier léonard. A l’analyse de ce qui nous a été conservé de cet abrégé, il apparaît que l’auteur de la vita IIa a combiné de façon savante les autres sources à sa disposition dans une perspective nettement historiographique. Une telle préoccupation, plus ’historienne’ — si du moins cette remarque se rapporte effectivement au texte emprunté par la *Legenda sancti Melarii à la *vita IIa — se retrouve également dans un certain nombre de textes hagiographiques de la fin du xiie ou du début du XIIIe siècle, relatifs à des saints honorés en Léon ; et le tout pourrait bien être sorti de la plume du même auteur. Par ailleurs quelques indices permettent de supposer que la seconde *vita de [p. 30] saint Melar, sous une forme abâtardie ou peut-être vernacularisée, sincère et en même temps fardée, était encore connue à Lanmeur au début du xviie siècle où elle figurait dans un ms. alors conservé dans le « trésor » de l’église du lieu. S’est expressément inspiré du contenu de ce ms. Yves Arrel pour composer son véritable roman paru en 1627, auquel Albert Le Grand a lui-même emprunté presque toute la matière de sa propre Vie du petit prince martyr, parue en 1636.

 

1. Manuscrits

Manuscrits subsistants

Les différents textes littéraires en latin consacrés à saint Melar que nous avons inventoriés nous sont parvenus à travers onze mss d’ancienneté et de qualité très inégale. Par commodité, nous avons distribué ces éléments constitutifs du dossier hagiographique mélarien en quatre sous-ensembles. A l’occasion de cet inventaire qui demeure provisoire, chaque texte a fait l’objet d’une identification par une lettre et tous les mss ont été vérifiés directement ou sur reproduction.

1) Le premier sous-ensemble concerne la tradition mélarienne en Angleterre ; il comprend trois éléments.

Texte T Un texte intitulé De sancto Meloro martire dans le ms. Londres, British Library, Cotton Tib. E 1, vol. 2.

Ce ms. forme le second volume contemporain du Sanctilogium Angliae, Walliae, Scotiae et Hiberniae composé vers 1325-1350 par Jean de Tynemouth, sans doute moine de l’abbaye de Saint Albans ; pour une description du ms., voir Nova Legenda Anglie, éd. Horstman, t. 1, introduction. Le texte mélarien est aux f. 72 r°-73 v°, mais ces feuillets ont été gravement endommagés par le feu lors de l’incendie de 1731. L’ouvrage de Jean de Tynemouth a passé ensuite dans la Nova Legenda Anglie de John Capgrave, publiée en 1516, où se retrouve aux f. 229-230 le texte en question ; il est préférable d’utiliser l’édition de C. Horstman, t. 2, p. 183-185, qui a collationné les différents mss subsistants de l’ouvrage de Jean de Tynemouth.

Texte G Un texte divisé en trois leçons et intitulé De sancto Meloro dans le ms. Exeter, Cathedral Library, 3505.

Ce ms. forme le second volume contemporain de la Legenda Exoniensis composée par Jean de Grandisson, évêque du lieu de 1327 à 1369. Le texte mélarien est au f. 154 r° et v° ; il a été spécifiquement édité, en dehors des éditions globales de la Legenda Exoniensis, par G. Oliver, Additional Supplement to the Monasticon Dioecesis Exoniensis, Exeter, 1854, p. 6, et S. Baring-Gould et J. Fisher, Lives of the British Saints, t. 3, p. 473.

Texte L Un texte divisé en trois leçons et intitulé De sancto Meloro dans le ms. Londres, British Library, Reg. 8 C VII.

[p. 31] Ce ms. est un ensemble composite et la provenance de ses différentes parties, datées du xie au xve siècle, est difficile à déterminer (néanmoins le kalendarium du xiie ou du xiiie siècle qui s’étend aux f. 5-8 vient de l’Abbaye de Tewkesbury, d’après N.R. Ker, Medieval Libraries of Great Britain…, p. 188) ; pour une description rapide du ms., voir Sir G.F. Farmer et J.P. Gilson, Catalogue of Western Manuscripts in the Old Royal and King’s Collections in the British Museum, Londres, 1921, p. 236. Le texte mélarien est au f. 171 (et non 162 comme indiqué dans la Nova Legenda Anglie, éd. Horstman, t. 1, p. xxv, n. 3, indication répétée t. 2, p. 183, n. 1, reprise par G.H. Doble, Saint Melor… , p. 13, puis par D.-B. Grémont, « Recherches sur saint Mélar… », p. 347) ; il fait partie du lectionnaire (f. 161-172) transcrit après 1320 par une main du xive siècle (sur ce lectionnaire et sa datation, voir Farmer et Gilson, op. cit., p 235-236), et il a été publié par C. Horstman dans son édition de la Nova Legenda Anglie, t. 1, p. xxv, n. 3.

2) Le second sous-ensemble concerne la tradition mélarienne à Paris ; il comprend deux éléments.

Texte P Un texte divisé en huit leçons et intitulé De sancto Melorio dans le ms. Paris, Bibliothèque Mazarine, 399 (ancien 248).

Ce ms. comprend un lectionnarium de sanctis per annum écrit au commencement du xive siècle à l’usage de l’abbaye Saint-Magloire de Paris, dont certains feuillets ont été récrits au xve siècle, ainsi qu’un fragment d’un ancien lectionnaire du xiie siècle renfermant le commun des saints ; pour une description rapide du ms., voir A. Molinier, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque Mazarine, t. 1, Paris, 1885, p. 153-154. Le texte mélarien est aux f. 177 r°-179 r° (du commencement du xive siècle) ; il a été édité par D.-B. Grémont, « Recherches sur saint Mélar… », p. 348-354.

Texte R Un texte divisé en huit leçons et intitulé De sancto Melorio dans le ms. Paris, Bibliothèque Mazarine, 346 (ancien 767).

Ce ms. est un bréviaire à l’usage de l’abbaye Saint-Magloire de Paris, écrit de 1429 à 1433 par le moine Gilles Roussel ; pour une description rapide du ms., voir A. Molinier, Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque Mazarine, t. 1, Paris, 1885, p. 125. Le texte mélarien est aux f. 390 v° et 391 r° (et non pas 290 v° et 291 r° comme indiqué par D.-B. Grémont, « Recherches sur saint Mélar… », p. 347). Le moine Gilles Roussel a travaillé d’après P qu’il copie très fidèlement, mais son propre texte est moitié plus court que ce dernier car il omet de recopier le texte des lectiones Va, VIa, VIIa et VIIIa de P ; ses variantes de détail par rapport à P ont été éditées par D.-B. Grémont, « Recherches sur saint Mélar… », p. 348-351.

3) Le troisième sous-ensemble comprend lui aussi deux éléments et concerne la tradition mélarienne à Meaux.

Texte M Un texte intitulé De sancto Meloro dans le ms. Paris, Bibliothèque nationale de France, latin 13789.

Ce ms. est venu de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés et si son origine meldoise n’est pas douteuse — il contient essentiellement des textes hagiographiques sur des saints (Faron, Thibaud, Saintin, Hildevert, Gislebert, Céline et Melar) revendiqués par la tradition locale (J. Molin, « Notre-Dame-du-Châge », p. 23) — il n’est pas possible de le désigner précisément « lectionnaire de Meaux » comme l’a fait D.-B. Grémont, [p. 32] « Recherches sur saint Mélar… », p. 345-346. Il s’agit d’un recueil tardif (xviie siècle), copié par plusieurs mains et qui ne porte nulle indication sur son ou ses modèle(s) ; pour une description rapide du ms., voir L. Delisle, Inventaire des manuscrits de Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1868, p. 115. Le texte mélarien est aux f. 53 r°-55 v° et il est suivi aux f. 55 v°-56 v° d’une pièce en vers en l’honneur de saint Melar. M a été édité par Dom F. Plaine, « Vita sancti Melori », p. 167-173 (du § 4 au § 13 jusqu’à usque in hodiernum diem), de même par H. Le Gouvello, Vie de saint Méloir, p. 27-31 (du § 7 au § 21 jusqu’à usque in hodiernum diem) ; la pièce en vers a été présentée, éditée et traduite par Dom F. Plaine, « Le martyr breton S. Melor… », p. 330-336.

Texte C Un texte intitulé Translatio sancti Melori et divisé en neuf leçons dans les feuillets mss placés en tête d’un exemplaire du bréviaire imprimé de Saint-Victor (édité à Paris en 1523), Paris, bibliothèque Sainte-Geneviève, Rés. BB 8° 1312.

Les quarante-huit feuillets en question, écrits sans doute en 1572, contiennent le calendrier et le propre des saints honorés à l’abbaye Notre-Dame-de-Châge, notamment saint Melar et saint Josse mais également treize saints meldois (Denis, Fiacre, Gislebert, Rigomer, Saintin, Céline, Faron, Blandin, Hildevert, Ouen, Aile, Pathus et Fare) ; pour une description rapide du ms. et sur sa datation, voir J. Molin, « Notre-Dame-du-Châge », p. 23. Le texte mélarien est aux f. 32 r°-34 r°. Par ailleurs Les fastes et annales des évêques de Meaux (1684) par l’abbé Janvier, mss Meaux, bibliothèque municipale, 78-83 (anciens 72-77), que Mme C. Moucheront, conservateur-adjoint, a bien voulu explorer pour nous en septembre 1992, contiennent une copie du texte de la translatio prise à Notre-Dame-de-Châge (ex veter. manuscript. ecclesiae Beatae Mariae Cagiensis) et intitulée Vita sancti Melori martyris : cette copie présente, comparée au propre ms. de l’abbaye, quelques variantes de détail ; en outre elle n’est pas divisée en leçons. Nous désignons la Translatio par la lettre C, distinguée en C1 pour le ms. de la bibliothèque Sainte-Geneviève et en C2 pour celui de la bibliothèque municipale de Meaux. La 2e partie de C (correspondant aux lectiones IIIa, IVa, Va, VIa, VIIa, VIIIa et IXa de C1) a été éditée par Dom F. Plaine, « Vita sancti Melori », p. 174-175 (§ 15-17) et par H. Le Gouvello, Vie de saint Méloir, p. 31-32 (suite et fin du § 21 à partir de sceleratis hominibus) ; la première partie de ce texte (correspondant aux lectiones Ia et IIa de C1) a été éditée par D.-B. Grémont, « Recherches sur saint Mélar… », p. 354.

4) Le quatrième et dernier sous-ensemble concerne la tradition mélarienne en Bretagne armoricaine ; il comprend quatre éléments.

Texte D Un texte intitulé De sancto Melario dans le ms. Paris, Bibliothèque nationale de France, français 22321.

Ce ms., dont la description rapide est donnée par J.-L. Deuffic, Questions d’hagiographie bretonne..., p. 26, est bien connu des spécialistes : il s’agit d’un recueil tardif (fin du xviie ou début du xviiie siècle) copié par les différentes mains des bénédictins bretons de la Congrégation de Saint-Maur qui oeuvraient alors pour donner à leur petite patrie et à leur Ordre un monument d’histoire digne de ce nom ; on y trouve rassemblée (p. 601-889) une collection de textes hagiographiques copiés sur des sources locales anciennes dont beaucoup sont aujourd’hui perdues. Ainsi en est-il pour le texte mélarien (p. 625-626) qui est la copie faite par Dom D. Briant d’un texte antérieurement transcrit par le P. Du Paz et conservé dans les papiers de l’érudit dominicain (ex apograph. P. Du Paz). Cette copie a été éditée avec quelques lacunes par Dom H. Morice, Preuves de l’histoire [p. 33] de Bretagne, t. 1, col. 223-225 ; V. De Buck en a donné un court extrait, d’après Dom Morice, dans sa « Notice sur saint Meliau », p. 943 ; enfin Dom F. Plaine, « Vita sancti Melori », p. 166-167 (§ 1 et 2), a publié un texte incomplet et interpolé que D.-B. Grémont, « Recherches sur saint Mélar… », p. 345, supposait sans examen copié sur une autre source que celle de Dom Morice.

Texte F Un extrait de la « légende de saint Melar » (in legenda sancti Melarii) dans le ms. Rennes, Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 1 F 1003 (fonds La Borderie).

Ce ms., dont son dernier possesseur privé, A. de La Borderie, a donné une description rapide dans « La Vie inédite de saint Goëznou », p. 226-227, est un des cahiers de notes contemporains du vieil historien breton Pierre Le Baud (mort en 1505) et sa disparité fait toute sa richesse en même temps que toute sa difficulté d’utilisation. Pour ce qui est du texte mélarien (p. 47) il paraît vraisemblable à Gw. Le Duc (« Note sur un manuscrit perdu de la Vita Ronani », p. 206) qu’il a été extrait, en même temps que d’autres sur les saints Ronanus, Hoarveus, Tenenannus, Suliavus, Goeznoveus et Ilthutus, d’un légendier léonard, sans doute celui du Folgoët. Néanmoins l’hypothèse que ce texte ait plutôt fait partie d’un recueil constitué et/ou conservé à l’abbaye Saint-Mathieu-de-Fineterre, comme le croyait L. Fleuriot (préface à la Chronique de Saint-Brieuc, éd. Le Duc/Sterckx, p. 8) est également très plausible. Quoi qu’il en soit, ce légendier fut également — directement ou indirectement — la source de D ; et dans l’état actuel de nos connaissances sur sa localisation, Folgoët ou Fineterre, nous désignons le texte mélarien qui en fut extrait par la lettre F.

Texte B Un texte divisé en trois leçons et intitulé in festo sancti Melauri martyris dans le ms. Rennes, Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 23 J 54 (fonds Laillé).

Ce ms. est un gros Mémoire historique sur la maison de Boiséon composé dans le dernier tiers du xviie siècle et peu de temps après la réformation de la noblesse de Bretagne intervenue de 1668 à 1671. La famille de Boiséon prétendait être apparentée à saint Melar et l’auteur du mémoire, l’abbé de Gouessant, a inclus dans son travail — outre la matière revue et corrigée de l’ouvrage d’Yves Arrel paru en 1627 — un certain nombre de documents de nature hagiographique ou liturgique qu’il désigne comme « quelques extraits d’hymnes et leçons » copiés sur « les anciens bréviaires à l’usage des évêchés de Léon et de Cornouaille » : on trouve ainsi (p. 4) un texte très interpolé mais sans doute effectivement venu d’une ancienne hymne (Inc. O quam mirifice et gloriose / corruscat) ; puis (p. 4-5) un hymnus de divo Melauro (Inc. Te poscimus Jesu pie / nos digneris) ; enfin (p. 5-6) les trois leçons du 2e nocturne de Mâtines dans la fête de saint Melar martyr, fête double (In festo sancti Melauri martyris dup. / omnia de communi unius martyris / in secundo nocturno). Ce dernier texte, visiblement composite, a d’autant plus d’intérêt que les « anciens bréviaires » sur lesquels il a été collationné ne sont plus connus, celui de Saint-Pol-de-Léon imprimé à Paris en 1516, que par deux exemplaires hélas dépourvus l’un et l’autre de la partie d’été, et donc du texte mélarien ; et celui de Quimper imprimé vers 1500, que par un seul exemplaire d’accès difficile. Les quelques éléments procurés par Dom D. Briant sur le texte mélarien du bréviaire de Saint-Pol-de-Léon (ms. Paris, Bibliothèque nationale de France, fonds français 22321, p. 626) et ceux édités par V. De Buck, « Notice sur saint Meliau », p. 944, relatifs à celui contenu dans le bréviaire de Quimper laissaient déjà entrevoir l’étroite parenté qui unissait ces deux textes mélariens entre eux et les unissait au texte D ; cette parenté est largement confirmée par le texte du ms. de la famille de Boiséon.

[p. 34]

Texte S Un texte divisé en 9 leçons dans le ms. Rennes, Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 1 F 378 (fonds La Borderie)

Il s’agit de deux copies d’un texte mélarien levées dans la seconde moitié du xixe siècle par et/ou pour A. de La Borderie sur l’ancien bréviaire imprimé de Saint-Malo de 1537. L’auteur anonyme de ce bréviaire a travaillé à partir du libellus qui est aussi la source de P, mais son texte est moitié plus court que ce dernier car il a omis de recopier la matière qui forme les Lectiones Va, VIa, VIIa et VIIIa de P ; ses variantes de détail par rapport à P ont été éditées par D.-B. Grémont, « Recherches sur saint Mélar… », p. 348-351.

 

Manuscrits disparus

Cette présentation des manuscrits serait incomplète si nous omettions de dresser la liste provisoire de ceux qui ont assuré, avant de disparaître, la transmission des différents textes hagiographiques mélariens.

Ces manuscrits entrent dans quatre catégories différentes suivant qu’ils sont attestés ou supposés, localisés ou non localisés.

1) Mss attestés et localisés

a) localisation précise

— Les *acta meldois de saint Melar, dont des fragmenta, attestés à Notre-Dame-de-Châge en 1663, étaient qualifiés à cette date par le P. Cousinet, procureur de l’abbaye, dans une lettre au P. Papebroch, de mutila, manca et mendis scatentia (dom F. Plaine, « Le martyr breton S. Melor… », p. 337). Cependant le correspondant de l’illustre bollandiste pouvait encore lire dans ces reliquiae, comme il les désignait également, la généalogie de saint Melar : son témoignage permet ainsi de vérifier que plusieurs des noms cités dans cette généalogie étaient différents de ceux dont P nous a conservé les formes, mais qu’ils se retrouvent dans la Vie rimée en anglo-normand — et aussi dans le texte M, au moins en ce qui concerne le nom du grand-père paternel de Melar. Le texte de la *vita Ia contenue dans le ms. de Châge a été partiellement transcrit par le copiste du texte M, peut être à l’instigation du P. Cousinet. Il ne s’agissait pas du texte original de la *vita Ia, mais seulement d’une de ses collations plus tardives, puisque ces *acta meldois sont tributaires de la tradition mélarienne issue de la *vita IIa pour tout ce qui concerne les noms cités dans la généalogie du saint. Cette collation fut effectuée sinon à l’abbaye de Châge, du moins pour et/ou par les chanoines du lieu, car son auteur a notamment substitué le nom de Judoc, saint breton honoré à Châge, à celui, difficile à lire, qui désignait le grand-père maternel de Melar ; elle ne peut pas avoir été plus tardive que le second quart du xive siècle puisque ses spécificités onomastiques se retrouvent comme dit [p. 35] plus haut dans la Vie rimée en anglo-normand, en particulier la substitution que nous venons de souligner.

— Un ms. conservé au début du xviie siècle dans le trésor de l’église de Lanmeur. La description qu’en donne Yves Arrel (texte transcrit par l’abbé de Gouessant dans le Mémoire historique sur la maison de Boiséon, ms. Rennes, Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 23 J 54, p. 12) ne permet pas de déterminer la nature précise de la composition hagiographique contenue dans ce

« très ancien manuscrit de l’histoire de Cornouaille gardé dans le thrésor de l’église de Lameur avec un soin extrême depuis plusieurs siècles … (…) lequel en l’année 1227 fut mis en langage plus correct par un prestre nommé Mre Guillaume Hamon, dans lequel il est parlé amplement de la naissance, vie et mort de nostre sainct patron, comme aussi du commencement et progrès des princes de Kerfeunten ou Lameur ».

Bien que le Mémoire historique porte effectivement 1227, cette date est controuvée, attendu que ce qui a été conservé, ou du moins ce qui nous est présenté comme tel, de ce « très ancien manuscrit » (p. 4 du Mémoire historique) a pour objectif principal de fonder certaines prétentions généalogiques de la famille de Boiséon qui ne peuvent être antérieures à la seconde moitié du xive siècle (voir plus bas en annexe). Outre cette erreur de date commise, volontairement ou non, soit par Yves Arrel, soit par l’abbé de Gouessant — ou quand bien même la date indiquée était effectivement celle qui figurait dans le ms. original, ce qui, comme nous le verrons, reporte le moment de la rédaction de ce dernier sensiblement à l’époque de composition de la *vita IIa de saint Melar —il faut envisager que l’un ou l’autre de ces deux transcripteurs successifs du texte contenu dans le vieux ms. de Lanmeur, intéressés l’un et l’autre à ce que fût magnifiée l’extraction de la famille de Boiséon, ait grossièrement interpolé le texte en question. Quoi qu’il en soit le ms. original, confié aux fins de publication par Yves Arrel à l’évêque de Dol Antoine de Revol qui siégea de 1603 à 1629 (F. Duine, La Métropole de Bretagne, p. 168-169), n’était pas de retour sur place à l’époque où travaillait l’auteur du Mémoire historique, dans le dernier tiers du xviie siècle ; il n’est donc pas possible de l’identifier avec le « legendaire de saint Melaire » conservé à Lanmeur, consulté et décrit en 1636 par Du Buisson-Aubenay dans son Itinéraire de Bretagne (t. 1, Nantes, 1898, p. 115) et qui doit être la propre composition d’Arrel sur saint Melar. Le grand intérêt de cette dernière est d’avoir conservé, au milieu d’innombrables scories, l’essentiel de la matière du vieux ms. de Lanmeur qui constituait, de l’aveu même d’Arrel, la source principale de son propre ouvrage.

[p. 36]

b) localisation imprécise

— Une composition hagiographique relative à saint Melar incluse dans le légendier per circulum anni aujourd’hui perdu d’une abbaye cistercienne au diocèse d’York (Grande-Bretagne). L’existence de ce texte est connue par une mention de saint Melar dans un calendrier du XIVe siècle, ms. Oxford, Bodleian Library, Rawlinson C 440 , f° 5 verso, à la date du 1er octobre (Item Melori martyris G II) ; cette mention renvoie aux différents volumes du légendier conservé dans l’armarium de l’abbaye et dont l’un portait donc la cote G II. (Nous devons la découverte de ce ms. insulaire de la Vie de saint Melar, ainsi que l’ensemble des précisions qui s’y rapportent, à Monsieur F. Dolbeau que nous remercions vivement).

— Plusieurs mss de la *Legenda sancti Melarii en Bretagne armoricaine, sans plus de précision sur leur nombre et leur localisation, ont été collationnés, ou par le P. Du Paz pour l’établissement du texte D, ou par Dom D. Briant, à l’occasion de sa transcription de D.

2) Mss. attestés, non localisés

— Le libellus sur lequel le rédacteur du lectionnaire de l’abbaye de Saint-Magloire de Paris a copié, dans les premières années du XIVe siècle, les huit leçons de l’office (monastique) de saint Melar. La presque totale similitude entre ce dernier texte, que nous avons noté P, et S, dans le bréviaire de Saint-Malo imprimé en 1537, est l’indication qu’ils copient l’un et l’autre la même composition, avec une fidélité que l’on peut vérifier au moins jusqu’à la fin du texte du bréviaire malouin : celui en effet s’achève brutalement au terme de ce qui correspond à la lectio IVa  de P. Ce dernier texte n’a pas non plus copié la totalité du libellus : son ultime et huitième leçon s’achève également de façon brutale sur la mort de Justan.

3) Mss supposés, localisés

Un ms. de la *vita Ia de saint Melar à l’abbaye d’Amesbury, utilisé vers le second quart du xive siècle par l’auteur de T et sensiblement à la même époque par celui de la Vie rimée en anglo-normand. Comme les noms cités dans la généalogie du saint rapportée par l’auteur du texte vernaculaire se retrouvaient dans le vieux ms. des *acta du saint, conservé à l’abbaye de Châge en 1663, le texte de la *vita Ia contenu dans le ms. d’Amesbury avait peut-être été établi d’après, ou en tout cas après, celui du ms. de Châge ; mais, compte tenu que le texte T ne contient pas la généalogie de saint Melar et qu’il est impossible dès lors de vérifier cette hypothèse, on ne peut pas exclure que le ms. d’Amesbury contenait en fait un autre texte de la vita Ia plus proche de celui du libellus et qui donc n’aurait pas été celui que consulta l’auteur de la Vie rimée en anglo-normand.

[p. 37]

4) Mss supposés, non localisés

(il n’entre pas de mss dans cette catégorie au stade actuel de notre connaissance du dossier hagiographique mélarien).

2. Esquisse d’un stemma textuum

La *vita Ia

De cet ouvrage subsistent deux fragments principaux, respectivement P et M qui constituent des remaniements plus ou moins profonds de la composition originale, effectués en fonction de la finalité que leur avaient assignée ceux qui nous ont transmis ces deux textes.

Il a fallu attendre jusqu’en 1973 l’édition par D.-B. Grémont de P, texte contenu dans un lectionnaire du début du xive siècle, autrefois à l’abbaye Saint-Magloire de Paris et encore conservé dans cette ville ; D.-B. Grémont a édité à cette occasion les variantes qui figurent dans la copie partielle, datée 1429-1433, du texte en question, copie effectuée par un autre moine maglorien, Gilles Roussel, et dont le ms. est également conservé à Paris (texte R). Enfin, l’édition Grémont donne les variantes qui figurent dans le texte de l’office de saint Melar du bréviaire imprimé du diocèse de Saint-Malo de 1537, dont le rédacteur a sans doute puisé à la même source que celle de la plus ancienne transcription maglorienne pour construire les neuf leçons de l’office en question (texte S).

Le texte M est contenu entre plusieurs autres textes hagiographiques dans un ms. de la fin du xviie siècle, ms. très certainement d’origine meldoise mais aujourd’hui conservé à Paris. La première édition de ce fragment par Dom F. Plaine remonte à 1886, suivie d’une autre en 1887 par H. Le Gouvello ; ce dernier déclare reproduire la documentation que lui a fournie Dom F. Plaine.

Le titre de *vita est le fait des éditeurs modernes de ces différents fragments ; il n’a rien d’improbable et l’on trouve dans le texte P, l’expression vita et actus qui a pu fournir un titre à l’ouvrage quand il se présentait sous sa forme continue et complète ; mais pour être complet ce titre devrait également comporter le terme *miracula afin de prendre en compte les différents épisodes immédiatement postérieurs à la mort du saint, notamment celui de la désignation de sa sépulture, événements marqués par une intervention divine.

Le texte P nous procure la généalogie de Melar et le catalogue des vertus de son père Meliau. Ensuite il raconte l’assassinat de ce dernier et la mutilation consécutive de son héritier ; puis il évoque les ’enfances Melar’ pour aboutir enfin au récit du meurtre dont le jeune prince est l’innocente victime. Si ce fragment ne présente apparemment qu’une seule véritable lacune, [p. 38] nous verrons qu’il abrège vraisemblablement à plusieurs reprises le texte sur lequel il a été copié.

Le texte M ne rapporte que les événements de la vie du petit martyr postérieurs à sa première mutilation dont le récit est omis ; puis sont évoquées, après la mort tragique de Melar, les difficultés rencontrées pour déterminer le lieu où doit être inhumé son corps martyrisé, avant que n’intervienne enfin le miracle qui permet le choix de l’emplacement définitif de cette sépulture. Nous verrons que le texte M, dont on remarque quand la comparaison est possible qu’il est souvent plus développé que le texte P, n’en est pas moins lacunaire en de nombreux endroits.

Les textes P et M, absolument identiques sur le fond, et pour lesquels l’examen attentif de la partie du récit qu’ils ont en commun montre qu’ils présentent également une très grande parenté dans la forme, renferment cependant des différences textuelles qui sont plus que de simples variantes et qui reflètent l’extrême complexité de la tradition manuscrite de la *vita Ia. Pour parvenir à la reconstitution du récit contenu dans l’original perdu de cette *vita, il faut recourir à l’abrégé de Jean de Tynemouth (texte T) et à une traduction/adaptation en vers anglo-normands du xive siècle. En effet, dans son Sanctilogium composé vers 1325-1350 l’ex-vicaire de Tynemouth, que l’on croit avoir été à cette époque moine de Saint Albans, a inséré un abrégé de la *vita Ia de saint Melar, abrégé sans aucun doute très fidèle puisqu’il est composé pour l’essentiel avec des membres de phrases que l’on retrouve mot pour mot dans les deux fragments continentaux P et M. Jean de Tynemouth a complété son travail par une rapide allusion au miracle spécifique rapporté dans le texte C et par le récit traditionnel entendu à l’abbaye d’Amesbury, chef-lieu du culte insulaire de saint Melar. C’est cet abrégé qui passa deux siècles plus tard dans la Nova Legenda Angliae publiée en 1516 par Wynkyn De Worde sous le nom de John Capgrave ; et c’est une copie, provenant de l’abbaye de Rougeval, du texte publié par De Worde qu’ont insérée les bollandistes dans la première édition des Acta Sanctorum à Anvers en 1643, copie assez fallacieuse à nouveau reproduite dans la réimpression de cet ouvrage donnée à Paris en 1863.

La Vie rimée en anglo-normand, publiée en 1984 par A.H. Diverres, a peut-être été composée à Amesbury ; elle retrace toute la carrière de Melar, depuis les considérations sur la lignée dont il était issu jusqu’aux différents miracles intervenus après sa mort du saint, à l’exception de celui qui concerne la réunion de ses reliques, rapporté par le texte C. Ce récit est absolument conforme au déroulement chronologique rapporté à la fois par les deux fragments P et M et par l’abrégé insulaire (jusqu’à la mort de Rivod), ce qui nous paraît être une [p. 39] indication probante de la fidélité que l’auteur de la composition vernaculaire a témoignée à l’égard du texte latin de la *vita Ia.

Appendix à la *vita Ia

Le texte C reçoit le titre de Translatio sancti Melori dans le plus ancien ms. qui le contient, de la fin du xvie siècle (1572), et nous en connaissons une autre transcription de la fin du xviie siècle (vers 1684), mss respectivement conservés à Paris et à Meaux, mais tous deux également d’origine meldoise. Là encore, une première édition de ce texte a été donnée — d’après le ms. le plus tardif ? — en 1886 par Dom Plaine, suivie en 1887 de celle par H. Le Gouvello, qui copie la documentation Plaine comme il a été dit plus haut.

Le texte C comprend deux parties d’inégal volume. La première et la plus courte, uniquement destinée à introduire la seconde partie, est un résumé rapide des événements rapportés dans la *vita Ia, qui reproduit à l’identique certaines tournures de phrase conservées par le texte M ; l’hagiographe, qui n’est autre que l’auteur de la *vita, inflige d’ailleurs à Rivod le même châtiment divin que celui assez particulier dont il avait précédemment gratifié Kerialtan. Dans la seconde partie de C, plus développée, l’hagiographe fait le récit du prodige qui permit que fussent réunies en un même lieu les reliques dispersées du petit martyr ; — il raconte ensuite comment ces événements furent à l’origine d’un pèlerinage à l’endroit même où s’était produit le miracle ; — il rapporte enfin les circonstances dans lesquelles ce pèlerinage fut déserté puis bientôt oublié.

Comme nous l’avons signalé plus haut, nous n’avions pas tout de suite compris la spécificité de C dont nous faisions un fragment de la *vita Ia. Monsieur F. Dolbeau, à l’avis duquel nous nous sommes depuis rangé et dont nous reproduisons ici l’argumentation, pense au contraire « qu’il s’agit d’une pièce dont la portée liturgique est distincte ; ce récit, comme l’indique sa première phrase, justifie une commémoration secondaire de Melar le 14 mai, alors que les Vitae proprement dites sont destinées à la fête principale du martyr. Mais il reste vrai que ce miracle était associé à la Vita prima dans l’exemplaire ayant servi de modèle à l’un des résumés anglais », — en l’occurrence celui de Jean de Tynemouth.

La *vita IIa

L’autre *vita de saint Melar a complètement disparu sous sa forme originelle. C’est pourtant par cette *vita IIa que la tradition mélarienne était connue, au moins depuis le milieu du XIVe siècle, à Exeter où travaillait Jean de Grandisson qui lui fit des emprunts spécifiques [p. 40] pour sa propre composition hagiographique sur saint Melar (texte G), ainsi qu’en Basse-Bretagne, à la fin du Moyen Age, notamment sous la forme d’une réfection tardive intitulée *Legenda sancti Melarii parce qu’elle était insérée dans le légendier (legendarium) d’une église ou d’une abbaye du Léon. La dépendance de la seconde *vita à l’égard de la *vita Ia , et donc sa postériorité, se déduisent de la critique interne du texte de cette réfection. Comme en témoigne le texte F, le légendier en question a été consulté dans le dernier quart du xve siècle par l’historien Pierre Le Baud qui en a extrait sa propre « legende de sainct Molaire ». La *Legenda sancti Melarii a ensuite été mise à contribution par les auteurs des bréviaires des diocèses de Cornouaille et de Léon, imprimés respectivement vers 1500 et en 1516, pour construire les leçons de leurs offices du saint. Enfin au début du xviie siècle, cette *legenda a été transcrite — intégralement ? — par le P. Du Paz , transcription conservée par une copie de Dom D. Briant à la fin de ce même siècle (texte D). Dom Lobineau a utilisé le texte en question pour la rédaction de son ouvrage sur les Vies des saints de Bretagne en 1725 et la copie de Dom D. Briant a finalement été publiée, avec quelques coupures, par Dom Morice dans le premier tome de ses Preuves de l’histoire de Bretagne en 1742. Dom F. Plaine, qui a reproduit la première partie du texte D à l’occasion de son édition de 1886, n’est pas remonté au ms. de Dom D. Briant et s’est apparemment contenté du texte publié par Dom Morice.

Le compilateur anonyme du légendier léonard s’est obligé à faire le résumé point trop maladroit des actes de Melar procurés par la seconde *vita du saint, résumé dont le volume fût compatible avec ceux des différentes autres legendae compilées par ses soins : il a donc sans doute procédé à des coupures plus ou moins aléatoires dans le texte qu’il avait sous les yeux ; d’autres coupures résultent peut-être du travail successif de transcription par le P. Du Paz et par Dom D. Briant.

Les autres pièces du dossier

Le dossier littéraire de saint Melar comprend aussi un certain nombre d’abrégés médiévaux tardifs de ses deux *vitae : outre ceux du xive siècle de Jean de Tynemouth et de Jean de Grandisson, contenus dans des mss contemporains conservés respectivement à Londres et à Exeter, ceux du xve siècle de Gilles Roussel et de l’auteur anonyme de la *Legenda sancti Melarii, tous déjà mentionnés, il existe un très court texte contenu dans un ms. insulaire dont l’origine n’est pas connue, aujourd’hui conservé à Londres (texte L). Son auteur écrit nécessairement après 1320, puisqu’il traite entre autres saints de Thomas, évêque de Hereford, canonisé en 1320, le propre grand-oncle de Jean de Grandisson. En tout état de cause les [p. 41] dernières phrases de son texte se retrouvent mot pour mot dans celui de Grandisson et quelques auteurs en ont déduit qu’ils copiaient une source commune qui eût été déjà un abrégé de la *vita IIa ; mais nous croyons que cette parenté entre les deux textes est plutôt l’indice, sinon qu’ils sont tous les deux sortis de la plume de l’évêque d’Exeter, du moins que l’auteur de L s’est contenté de résumer en la plagiant la composition de Jean de Grandisson.

En dehors des textes ‘littéraires’, il existe également un certain nombre de pièces liturgiques ou para-liturgiques qu’il est nécessaire d’invoquer et/ou d’utiliser dans l’examen du dossier hagiographique mélarien. Ainsi faut-il mentionner, pour ce qu’ils apportent de précisions complémentaires sur les miracles attribués à saint Melar, deux textes que leur éditeur, Dom F. Plaine, a fait paraître séparément en 1886 et 1889, bien qu’ils appartiennent tous les deux à la même tradition meldoise, et qui paraissent calqués sur la première *vita : l’un est un hymnus et l’autre un carmen historicum, comme l’a intitulé son éditeur ; le tout constituait l’office propre de saint Melar dans le diocèse de Meaux. Nous avons nous-même retrouvé en Bretagne, en même temps qu’un abrégé en trois leçons de la *Legenda sancti Melarii (texte B) — leçons très apparentées pour ne pas dire identiques à celles consacrées au saint dans les premiers bréviaires imprimés de Cornouaille et de Léon du début du xvie siècle — deux hymnes inédites qui faisaient également partie de l’office propre du petit martyr dans l’un et/ou l’autre de ces deux diocèses et dont nous donnons plus loin le texte malheureusement très interpolé.

[p. 42]

Annexe : le vieux ms. de Lanmeur et les prétentions généalogiques de la famille de Boiséon

Notre connaissance de l’existence de ce ms. et de son contenu repose sur le témoignage d’Yves Arrel, témoignage lui-même connu seulement par l’intermédiaire de l’abbé de Gouessant, qui n’a pas pu voir le ms. en question et qui recopie Arrel, avec un degré de fidélité que nous ne pouvons pas mesurer. Ce qui nous en a été ainsi conservé traite notamment de prétentions généalogiques de la famille de Boiséon, lesquelles sont nécessairement postérieures aux années 1350-1360. Il s’agit de magnifier l’extraction de la maison de Lanmeur, olim de Kerfeunteun, et de celles de Boiséon, Du Parc et de Coetredrez, ces quatre maisons citées dans l’ordre successif de la naissance supposée de leurs auteurs que l’on nous dit avoir été quatre frères issus d’un cadet des rois de Cornouaille. La mention de la famille de Coetredrez procure un premier terminus a quo de la mise au net de la tradition en question, car l’association de ce lignage avec celui de Boiséon remonte seulement à l’époque où un cadet de Coetredrez épousa l’héritière de Boiséon et releva les nom et armes de sa femme (vers 1360). Quant à la famille Du Parc, on sait que dès 1466, elle revendiquait en effet, sur la foi de documents alors conservés dans le chartrier de Boiséon, d’être issue de la maison de Lanmeur, avant même les Boiséon auxquels elle contestait en conséquence la prétention d’être les premiers prééminenciers de la paroisse ; mais, quoique cette revendication ne fût pas sans quelque fondement car le premier possesseur attesté de la terre de Beuzit en Lanmeur, vers la fin du xiiie siècle, était un certain Geoffroy Du Parc, la position occupée auprès du duc de Bretagne François II par Guillaume de Boiséon, fit trancher le débat en faveur de ce dernier. Enfin, pour ce qui touche aux Lanmeur et aux Boiséon, il semble bien que l’abandon du premier de ces deux noms au profit du second par les descendants de Pierre de Lanmeur, marié vers 1300 à Leveneza, héritière de la seigneurie de Boiséon, soit l’indice d’une plus grande notoriété de cette dernière maison. En tout état de cause, Pierre de Lanmeur n’était certainement pas seigneur du lieu, comme l’ont prétendu ses descendants, et son nom lui venait très vraisemblablement des fonctions judiciaires qu’il exerçait au siège de cette châtellenie. En 1466 encore, la fable généalogique résumée ci-dessus n’était pas bien établie, auquel cas les parties au procès n’eussent pas manqué d’en faire mention ; et il ne faut donc pas hésiter à en abaisser après cette date le terminus a quo. Si tant est que la composition hagiographique contenue dans le vieux ms. de Lanmeur puisse être datée avec précision 1227, il est évidemment que ce texte avait été largement interpolée entre le dernier tiers du xve siècle et l’époque à laquelle avait travaillé Yves Arrel, sinon même celle à laquelle travaillait l’abbé de Gouessant.

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