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26 août 2004
André-Yves Bourgès

Datation et circonstances de la composition des deux *vitae de saint Melar

[p. 98] L’archétype, ou le prototype, de toute la ’littérature’ mélarienne paraît être une *vita dont les historiens ont généralement placé l’époque de composition au XIe ou au XIIe siècle [1]. Encore tous ces avis, le plus souvent non motivés, ont-ils été donnés à propos d’un texte hétérogène, dont les différents morceaux avaient été, comme nous l’avons dit, assemblés sans grande méthode au siècle dernier ; ce qui oblige au moins à reconsidérer la question, quand bien même notre conclusion ne serait pas très différente de celle de nos devanciers.

Notre propre discussion de la datation de la *vita Ia de saint Melar [2] cherche avant tout à reconnaître les circonstances de la composition de cet ouvrage et à repérer les sources utilisées par son auteur ; discussion qui s’appuie évidemment sur l’examen attentif, sinon du texte initial, authentique et complet, de la *vita en question, disparu depuis plusieurs siècles, du moins de son abrégé (T), de sa traduction rimée en anglo-normand — et naturellement de ses deux fragments remaniés (P et M) ainsi que de son appendix (C), à partir desquels nous proposons quelques hypothèses relatives à sa tradition manuscrite.

Le même objectif et donc la même volonté de prise en compte des raisons pour lesquelles a été écrite la *vita IIa ont motivé notre examen de son vestige principal (D) et celui de ses [p. 99] principaux avatars, à savoir la *legenda que composa Jean de Grandisson (G) et le ‘roman’ tardif d’Yves Arrel qui délaie le texte du vieux ms. (perdu) de Lanmeur.

1. La *vita Ia de saint Melar : un ‘texte de circonstance‘

L’analyse des différents éléments constitutifs du récit mélarien rapporté par T, P, M et C montre clairement que la composition hagiographique dont ils ont conservé le souvenir a été écrite d’une part pour justifier que le monument, qui est aujourd’hui la crypte de l’église de Lanmeur, destiné à abriter les reliques du jeune prince martyr, fût construit en un lieu qui pourtant ne paraissait guère propice à recevoir une telle construction ; d’autre part pour que le clergé qui était attaché à ce sanctuaire pût disposer d’un véritable ’mode d’emploi’ des reliques en question [3] ; et aussi pour affirmer les prétentions territoriales de la maison de Cornouaille sur le nord de la péninsule bretonne. Les différents apports — archéologique, liturgique et historique — de la critique interne des vestiges de cet ouvrage perdu permettent de situer l’époque de sa composition au dernier tiers du XIe siècle, quand le trône de Bretagne était occupé par le premier souverain issu de la dynastie comtale de Cornouaille.

La crypte de l’église de Lanmeur

Ce monument est au cœur de notre problématique. Il a fait l’objet de fouilles récentes (en 1985) qui ont permis de renouveler la connaissance d’un édifice longtemps présenté comme singulier et très mystérieux [4] ; et si de nombreuses incertitudes archéologiques subsistent encore, un grand nombre de constatations d’importance ont été faites, qui ne doivent pas être plus longtemps ignorées sous le motif fallacieux que leur connaissance nuirait à la poésie du monument [5].

L’édifice primitif était situé dans un relatif bas-fond très humide, sur le bord d’un petit ruisseau qui coule du sud vers le nord ; après avoir nettoyé la boue et gratté la terre de surface pour retrouver un sol plus stable, les bâtisseurs ont commencé par placer deux drains disposés en forme de T dont l’évacuation se faisait par un puisard central, peut-être une faille naturelle. [p. 100] Au dessus de ces drains et après avoir chargé de sable les creux pour retrouver un plan suffisamment horizontal, ils ont ensuite disposé un dallage irrégulier. Les huit piliers qui supportaient tout l’édifice primitif, et supportèrent aussi par la suite l’église supérieure, furent alors simplement posés à même le sol ou sur le dallage primitif ; la base de ces piliers fut ultérieurement enfouie, à l’occasion du rehaussement du sol de la crypte, probablement dans la seconde moitié du XVIIe siècle [6]. Il est presque certain que ces piliers sont des remplois de matériaux gallo-romains — à savoir de belles colonnes monolithiques, brisées plus ou moins accidentellement — tels qu’il pouvait en exister en quantité à Beuzit, en l’actuelle commune de Lanmeur, où il est « possible qu’une résidence aristocratique, le castellum dit Bocciduus attribué à Conomore par la Vita Melori (XIIe siècle), se soit installée à l’emplacement d’une villa antique » [7]. Pour permettre ces remplois, « il a fallu choisir les parties encore utilisables et retailler avec partout un déchet considérable » [8], comme en témoignent notamment les deux piliers côté est auxquels les bâtisseurs ont été contraints d’ajouter, entre les différents morceaux dont ils sont formés, des ’tambours’ plus ou moins épais destinés à atteindre la hauteur voulue.

Deux entrées, une au nord, une au sud, permettaient l’accès au monument, sans doute avec une marche ou deux à descendre ; en effet l’édifice primitif n’était que peu enterré et prenait la lumière par sept fenestellae, trois à l’ouest, deux au nord et deux au sud. C’est seulement au moment de la construction de l’église supérieure, au XIIe siècle (?), que le monument a acquis son statut architectural de ‘crypte’. Le petit bassin de rétention d’eau, qualifié improprement fontaine et alimenté en fait par le ruisselet qui coule du sud au nord le long du mur ouest, n’existait pas dans les débuts du monument puisque le fond de la cuve est plus haut que le dallage primitif. Cette constatation archéologique est d’ailleurs confirmée par le silence de l’hagiographe : la *vita Ia, qui rapporte deux miracles de jaillissement de source opérés par Melar, dont un posthume, ne dit mot de la ’fontaine’ — nous conservons l’appellation traditionnelle — située dans le bâtiment qui abritait les restes mortels du saint ; c’est là une probable indication que la mise en place de cette ’fontaine’ fut plus ou moins largement postérieure à l’édification de ce monument. Il paraît en tout cas exclu de la rapprocher d’un antique lieu de culte païen ultérieurement christianisé ; et il faut sans doute plutôt y [p. 101] reconnaître la création d’un « puits sacré dans le but avoué d’attirer des pèlerins », technique que nous rapporte par exemple l’auteur des Miracula sancti Theobaldi [9]. Le problème en Bretagne est toujours posé par la géologie car le granite généralement affleure, ou bien se retrouve à tel ou tel étage du sous-sol : creuser un puits occasionne souvent de grandes difficultés et, à Lanmeur, la captation d’un ruisselet se sera révélée à la fois plus rapide et moins aléatoire. « Le fond de la cuve était tapissé d’ardoises plus ou moins bien taillées à cet effet. A quelque dix centimètres une poche creusée à même la roche contenait — et tout ça dans la boue — des ossements enfouis dans un linge, sept épingles à têtes roulées dont cinq en or et aussi un petit cône d’or. D’après l’examen du tissu ce ’linceul’ serait du XIIe siècle et le même examen attribue aux ossements une antiquité bien plus grande. Ces maigres débris dépareillés auraient appartenu à plusieurs individus » [10]. Ainsi, à l’exemple des puits sacrés dont il vient d’être question, on avait procédé à Lanmeur à la sanctification permanente des eaux d’une telle ’fontaine’ en enfouissant sous son bassin quelques reliques corporelles et ‘réelles’, vraisemblablement ce qu’on supposait subsister de celles de saint Melar après que leur plus grande partie eût quitté Lanmeur [11]. Certains auteurs préconisent qu’au XIIe siècle les moines voisins du prieuré de Kernitron « ont voulu ou au moins autorisé la fontaine telle que nous la découvrons » [12] ; en tout état de cause une ’fontaine’ existait au moins depuis le XVIe siècle dans la crypte de l’église de Lanmeur, puisque sa présence a contribué à créer la légende d’un nom ancien du lieu (Kerfeunteun, « la ville de la fontaine »). Mais il n’y a aucune certitude que le bassin actuel soit de beaucoup antérieur au rehaussement du sol de la crypte dans la seconde moitié du XVIIe siècle [13]. Ce bassin présente la « forme d’un demi-manchon d’environ 9 cm d’épaisseur et taillé dans deux roches de natures différentes » [14], granite pour l’une de ces pierres, qui porte une inscription aujourd’hui illisible, et grès pour l’autre, pierres qui étaient autrefois unies par un crampon métallique ; là encore il est vraisemblable qu’il y a eu remploi de matériaux plus anciens et certains ont même suggéré que ces pierres pouvaient provenir du [p. 102] sarcophage de saint Melar [15] dont nous n’avons aucune trace par ailleurs [16].

La crypte recelait deux pendeloques, une en os et l’autre en ivoire marin, dont la parenté avec celles, au nombre de trois, découvertes respectivement à l’île Lavret, au Croisic et à Rieux est patente. Ces cinq objets sont datés des VIe-VIIIe siècles et interprétés dans leur état final comme des amulettes anthropomorphes, vraisemblablement à mettre en rapport avec des pratiques religieuses, ou du moins funéraires, en Armorique à l’époque mérovingienne [17]. Ce qui, dans le cas de Lanmeur, constitue une confirmation indirecte de l’antiquité du lieu.

Édifier un monument à l’endroit où se tient la crypte de l’église de Lanmeur était un défi lancé au (bon) sens commun : le lieu est très humide, sans doute était-il marécageux, et nombre de contemporains de l’hagiographe qui vivaient à proximité pouvaient faire valoir que d’autres sites, également consacrés à saint Melar, eussent été à la fois plus accessibles et plus salubres. Certains ont pu arguer du fait qu’une tradition situait à Beuzit, alias La Boissière, la sépulture du jeune prince à l’endroit même de son martyre [18], pour réclamer que le monument projeté fût construit à proximité de ce « château » (castellum, castrum), réputé avoir été la résidence de Commor [19] ; le privilège d’avoir accueilli cette sépulture était également revendiqué par la petite communauté groupée d’une « certaine église » [20], probablement « l’église Sainte-Marie », prieuré dépendant de l’abbaye Saint-Jacut-de-l’Isle et attesté dès 1163, aujourd’hui la chapelle Notre-Dame-de-Kernitron, également en l’actuelle commune de Lanmeur. D’autres enfin, après avoir rappelé la prééminence du centre ’administratif’ et religieux de la paroisse, ont pu soutenir que [p. 103] le tombeau de Melar était évidemment situé in locum qui dicitur vicus Maioci [21], et que par conséquent le nouvel édifice destiné à abriter ses reliques ne pouvait pas être bâti ailleurs. Aux uns et aux autres, dont les raisons ne manquaient pas de force, il fallait opposer une argumentation circonstanciée et définitive dont seul était effectivement capable un clerc et dont le principal objectif était qu’on reconnût que l’emplacement litigieux était bien celui de l’ultime, véritable et seule sépulture de saint Melar [22]. Pour atteindre à l’efficacité requise, cette argumentation s’articule en deux temps : a) l’hagiographe rapporte l’immobilisation, à ce point précis de leur parcours [23], des taureaux (sans doute initialement des bœufs [24]) qui tiraient le chariot chargé des restes mortels de Melar — incident très vraisemblable car nous savons que le terrain se prêtait effectivement à s’embourber — et l’interprète comme la désignation divine du lieu qui doit être consacré au saint ; b) mais au préalable il raconte comment cette ’procédure’ de désignation a seulement été mise en place après que le corps du saint, inhumé successivement à Beuzit, à l’église anonyme (que nous croyons celle de Kernitron) et à Guimaëc, eût été retrouvé miraculeusement à l’extérieur de chacun de ses trois premières sépultures. Ces deux temps correspondent à deux motifs qui se retrouvent plusieurs fois et à la fois dans l’hagiographie populaire et ’savante’.

Résumons : la *vita Ia de saint Melar a été composée au moment où fut édifié le monument qui est aujourd’hui la crypte de l’église de Lanmeur, pour justifier que cette construction se fît en ce lieu incommode, interprété comme l’emplacement de l’ultime et définitive sépulture du saint. C’est donc l’époque de la construction — au XIe siècle mais [p. 104] encore discutée — de cette crypte [25] qui constitue le terminus a quo de la composition de la *vita Ia.

Un ‘mode d’emploi’ des reliques de saint Melar

Le plus souvent, la préoccupation de l’hagiographe médiéval est avant tout apologétique : il s’agit pour lui de rappeler, sinon la totalité des miracles que le saint a opérés, du moins le florilège de ses « vertus » afin d’aider à fonder plus solidement encore la vénération dont ce personnage est l’objet [26] ; mais surtout le culte d’un saint, sous ses manifestations les plus tangibles et les plus bénéfiques, notamment en termes économiques (pèlerinages) [27], a besoin de ces « puissants stimulants » que sont « la possession et la glorification » de ses reliques [28], reliques soit corporelles, soit ‘réelles’ (objets touchant au personnage), et dont la dimension thaumaturgique doit être patente (d’où l’importance des miracles posthumes). Il faut en outre expliquer la présence, là où le saint est honoré, des reliques en question : continuité depuis l’époque de sa mort terrestre, ou translation à partir d’un autre lieu de culte, ou encore retour des reliques après solution de continuité ; à l’occasion de cette explication et pour la renforcer, un nouveau recours à l’intervention miraculeuse permettra à la fois d’évacuer certaines objections et de glorifier le saint concerné.

La question des reliques de saint Melar est donc centrale et, en même temps, très embrouillée [29] ; il est clair cependant que pour l’auteur de sa *vita Ia, le saint était inhumé au lieu anonyme qu’il avait lui-même désigné miraculeusement (in locum quem elegerat et in quo tumulatus est [30]). L’hagiographe indique également qu’à tous ceux qui sont depuis venus le lui réclamer en ce lieu, le saint a accordé ses bienfaits « jusques à aujourd’hui » (usque in [p. 105] hodiernum diem [31]). Enfin l’auteur de la *vita Ia raconte, dans l’appendice qu’il donne à son ouvrage pour rendre compte de la commémoration secondaire du saint le 14 mai (en Léon), comment les principales reliques de Melar (son corps et son chef), partagées entre la Domnonée et la Cornouaille, furent miraculeusement réunies ; et comment les Domnonéens, bénéficiaires de ce miracle, rapportèrent la totalité du précieux fardeau au lieu où l’avaient précédemment tiré l’attelage des taureaux et où ils l’ensevelirent (ad locus eum tauri traxerant, reportaverunt ut decebat tam gloriosum thesaurum integre eum et honorifice sepelierunt [32]). A. Oheix observe que « le texte semble bien dire, en effet, que le corps du saint est conservé à Lanmeur » [33]. Dom Plaine, « toujours enclin à vieillir les textes » [34], en déduit qu’il faut placer l’époque de composition de la *vita Ia avant celle du transfert, avéré et peut-être intervenu dans le premier tiers du Xe siècle, des reliques de saint Melar à Paris [35], tel que nous le fait connaître la Translatio sancti Maglorii Parisius [i]. Mais — outre le fait que cette translatio évoque seulement des « fragments du corps » de Melar, et que rien ne permet de supposer que les fragments en question venaient de Lanmeur plutôt que d’un autre lieu où le culte d’un saint de ce nom aurait été établi dès avant le début du Xe siècle [36] — la valeur de son témoignage doit être relativisée : ce texte en effet n’est plus connu que par le travail d’interpolation tardif (probablement entre 1151/1160 au plus tôt et 1181 au plus tard [37]) d’un moine de Saint-Magloire de Paris ; et cet interpolateur avait à sa disposition un inventaire (daté ca. 1138) des reliques conservées alors à l’abbaye dans lequel il pouvait lire : « fragments des précieux corps des martyrs Melar et Trémeur » (martirum preciosorum partes corporum Melorii et [p. 106] Tremorii [38]). Il faut donc abaisser jusqu’à 1138 environ, le terminus ad quem de la composition de la *vita Ia de saint Melar [39].

Résumons : à l’époque de composition de la *vita Ia et de son appendix, contemporains comme nous l’avons dit de la construction du monument qui est aujourd’hui la crypte de l’église de Lanmeur, l’hagiographe a voulu démontrer que la totalité des reliques de saint Melar était conservée sur place, afin que nul autre lieu de culte du saint ne puisse se proclamer le détenteur de ces précieux vestiges et se poser en concurrent éventuel de Lanmeur pour la captation du courant pérégrin ; l’ouvrage qu’il a composé a donc toute chance de nous donner l’essentiel de la matière à la fois historique et fabuleuse que la tradition locale avait conservée : un récit simple, presque banal, dont le clergé du lieu avait l’usage chaque fois qu’il s’agissait de raconter, aux autochtones bien sûr, mais surtout aux pèlerins, l’histoire tragique du jeune prince martyr et la destinée miraculeuse de ses reliques [40].

L’accession de la maison de Cornouaille au trône ducal de Bretagne

Quand, au cours du récit, arrive le moment où s’enfuient, et se réfugient auprès de Commor, Melar et sa ‘nourrice’, l’hagiographe décrit l’accueil chaleureux fait au jeune prince et indique que celui-ci reçut de son protecteur — lequel, rappelons-le, était l’époux de la tante de Melar — des assurances qui allaient bien au-delà de la simple hospitalité puisqu’il était tout simplement question que Commor prenne désormais en charge l’éducation de Melar. Plus encore, l’oncle promit alors à son neveu de lui donner le « château » de Beuzit, dont le statut de chef-lieu du « pays » soumis au pouvoir de Commor est, sous la plume de l’hagiographe, très explicite [41]. La promesse d’une telle donation ne peut se comprendre que dans un certain [p. 107] contexte qui doit être qualifié féodal et qu’il faut dès lors rapporter à l’époque à laquelle travaille l’hagiographe : ce passage de la *vita Ia de saint Melar constitue en fait l’affirmation et la justification des droits de la dynastie comtale de Cornouaille sur la partie septentrionale de la Bretagne et précisément au moment où « le hasard biologique des successions dans les lignages des grands » aboutit à un découpage territorial qui « ressuscite le vieille opposition entre la Domnonée riveraine de la Manche et la grande Cornouaille, augmentée du comté nantais, d’avant Waroch » [42].

En 1066 en effet, la dynastie souveraine de Bretagne, issue des anciens comtes de Rennes, et d’ailleurs essentiellement implantée dans le nord de la péninsule, a sa branche principale coupée net par la mort prématurée de Conan II [43]. Cependant la couronne bretonne passe à la sœur unique de Conan, Havoise, épouse du comte de Cornouaille, Hoël ; et celui-ci, dont la famille apparaît être déjà « au tout début du XIe siècle, et pour une époque légèrement antérieure, une alliée de la maison de Rennes » [44], devient donc le duc ou le comte, ou encore le consul, de Bretagne ou des Bretons [45] ; mais la Bretagne septentrionale échappe presque complètement à son autorité.

Du côté de la ville et du comté de Rennes qui sont sous la coupe de Geoffroy Grenonat, le demi-frère (illégitime) de Conan II, il n’y rien à faire ou presque puisqu’il est convenu que Geoffroy conserverait la jouissance de son apanage sa vie durant ; Hoël mourra d’ailleurs avant son compétiteur et c’est à son fils Alain Fergent que reviendra le mérite d’avoir fait rentrer Rennes dans le patrimoine de la dynastie souveraine en précipitant un peu les événements et la mort de Geoffroy [46].

Plus à l’ouest, un vigoureux surgeon de l’ancienne dynastie souveraine continue de croître et de s’épanouir : il s’agit de l’oncle paternel et des cousins germains du défunt, Eudon (de [p. 108] Penthièvre) et ses fils, lesquels sont à la tête d’une vaste principauté dont le territoire correspond sensiblement à celui des tout récents évêchés de Tréguier et de Saint-Brieuc [47]. Le fort sentiment d’indépendance qui anime cette branche cadette a déjà conduit son chef à se comporter en adversaire du pouvoir central ; aujourd’hui l’ambition le pousse à revendiquer ce pouvoir.

Enfin le Léon, à l’extrémité occidentale, a ses seigneurs particuliers, lesquels ont entretenu longtemps avec la dynastie de Cornouaille des rapports tumultueux, avant une normalisation acquise dès avant 1055 [48] ; il est possible que l’artisan de ce rapprochement ait été l’évêque de Léon, Omnes, auparavant membre de l’entourage du comte de Cornouaille Alain Caignard. Il paraît en tout cas que ces rapports s’étaient encore améliorés pendant le règne de Hoël, comme le montre une charte de 1069 dans laquelle le seigneur de Léon de l’époque, Roland (Rollant de Leün), est mentionné parmi les « chevaliers » (milites) du « comte de Bretagne » [49]. Dans le lai de Guigemar le « sire de Léon » (Liün) est désigné comme un des barons de Hoël (Hoëls) et son fils Guigemar (c’est à dire Guiomarch), aurait été élevé à la cour avant d’être adoubé par Hoël ; puis « en quête de renommée il gagna la Flandre, où il y avait toujours batailles et guerres » (en Flandres vait pur sun pris querre / la out tuz jurs estrif e guerre) [i]. En 1096 on [p. 109] retrouve Guiomarch de Léon parmi les barons du duc Alain Fergent qu’il suivit en Terre Sainte, où il fut fait prisonnier à Balad ; revenu en Léon il mourut assassiné par ses sujets en 1103 [50].

Après les premières années d’un règne placé « sous le double signe de la paix extérieure et de la tranquillité intérieure » [51], Hoël devra s’opposer militairement à ceux de ses barons qui mettent en cause la légitimité de cette autorité, en particulier dans le nord-ouest de la péninsule, et il paraît très vraisemblable qu’il s’est appuyé en cette occasion sur les impétueux vicomtes de Léon [52]. Ces derniers ont alors étendu et renforcé leurs possessions territoriales dans toute la région concernée, au détriment des Eudonides [53] ; leur souvenir se retrouve ainsi dans le toponyme Kervescontou, « la ville aux vicomtes », en Plougasnou, actuelle commune voisine de Lanmeur.

Résumons : la *vita Ia de saint Melar a été composée après l’accession en 1066 de la maison de Cornouaille au trône de Bretagne, pour affirmer les prétentions territoriales de la [p. 110] nouvelle dynastie sur le nord de la péninsule et en particulier sur le pagus Castelli alors dominé par Eudon (de Penthièvre) et les siens. Dans cette perspective, l’hagiographe s’est attaché à montrer que Commor, qui sur place exerçait le pouvoir en qualité de « comte » et donc en vertu d’une délégation ‘royale’, avait choisi pour lui succéder le neveu de sa femme, Melar, lequel était précisément l’héritier de la dynastie ‘royale’ de Cornouaille. Il faut peut-être voir dans cette relation privilégiée, en même temps que l’affirmation de l’alliance dont nous avons parlé, passée dans la seconde moitié du XIe siècle entre les comtes de Cornouaille et les vicomtes de Léon, le reflet de la prétention de ces derniers à être issus de Commor, personnage historique dont la postérité légendaire constitue sans doute la première strate du mythe de Conan Meriadec : on a vu que le nom Meriadec était associé dans le lai de Guigemar à l’histoire fabuleuse des vicomtes de Léon, sans doute pour l’avoir été dans la chronique ordinaire des guerrae que ceux-ci ont menées à d’autres puissants féodaux locaux ; et tout au début du XIVe siècle, le poète anonyme du Livre des Faits d’Arthur affirmait que les membres de cette dynastie étaient qualifiés « Conanigènes » comme étant issus de Conan Meriadec.

2. Les sources de l’hagiographe

La question des sources utilisées par l’auteur de la *vita Ia est d’importance et ne peut être tranchée de manière définitive. Il dit « avoir appris d’un ancien récit » (sicut quondam antiqua didicimus relatione) la généalogie de Melar, mais cette référence désigne plutôt une source orale qu’un document écrit [54] ; ceci étant, l’absence de sources écrites dont témoigne ex silentio la *vita du XIe siècle ne permet nullement de préjuger de la situation au milieu du IXe siècle, puisque les armaria des monastères bretons ont subi, à l’occasion du calamiteux Xe siècle, des pertes considérables. Si tant est que le très hypothétique « grand monastère » ou plus vraisemblablement le « grand domaine » de Lanmeur aurait été ruiné par les Normands, ainsi que le rapporte la tradition récente, cet épisode dramatique pourrait expliquer la disparition d’ *acta anciens de Melar. Mais c’est là supposer résolue la question relative à la localisation de l’endroit où fut élaborée la *vita Ia, dont les attaches lanmeuriennes, incontestables, ne sont sans doute pas exclusives.

[p. 111] Les Écritures saintes

L’hagiographe ne signale pas ses citations scripturaires, qui ne sont d’ailleurs jamais littérales et constituent donc de simples réminiscences ; nous avons signalé celles qui nous paraissaient les plus évidentes, mais il va de soi que ce travail devra être largement complété avant de pouvoir tirer des conclusions définitives sur la culture biblique de l’hagiographe.

Ancienneté et composantes de la tradition mélarienne à Lanmeur

Que l’hagiographe ait puisé à des sources anciennes paraît pouvoir être déduit de ce qu’il ignore le fameux roi Gradlon quand il évoque la dynastie des souverains de Cornouaille [55]. Or la création par les moines de Landévennec du ’mythe’ gradlonien remonte aux environs de 874 [56] : cette date constitue donc, pour la tradition mélarienne, un terminus ad quem d’autant plus intéressant qu’il rend chronologiquement possible l’influence de cette tradition sur le diacre Bili, auteur d’une vita de saint Malo.

Il ne s’agit pas ici de procurer une nouvelle piste dans l’identification des sources de Bili puisque l’essentiel est déjà dans les travaux anciens de F. Lot [57] et de A. Oheix [58]. La seule originalité de notre approche est de reconsidérer et de renforcer l’hypothèse en question dans le cadre du dossier littéraire mélarien, bien plus modeste que celui de saint Malo ; avec la volonté de contribuer à l’effort réclamé par les maîtres d’ouvrage des « Sources hagiographiques de la Gaule (SHG) », « pour essayer d’identifier et de qualifier, dans la mesure du possible, quelques-unes des pages manquantes de l’hagiographie du haut Moyen Age, afin de rééquilibrer quelque peu ce que nous savons de la quantité et de la distribution des oeuvres hagiographiques antérieures à l’an mil » [59].

[p. 112] Précisément, en inventoriant avec minutie le dossier hagiographique de saint Malo d’Alet dans le cadre de travaux sur les SHG [60], et plus particulièrement en cherchant à identifier les sources utilisées par le diacre Bili pour composer vers 870 sa Vita Machutis, J.-C. Poulin a décidé de ne pas retenir « le contact avec la Vita s. Meloris (BHL 5903) suggéré par Oheix 1912, 18 » [61]. Nous croyons au contraire que le récit de la tragique destinée du jeune prince martyr était venu à la connaissance de Bili à l’occasion du passage de ce dernier à Lanmeur et que certains éléments de ce récit ont été partiellement intégrés, sous forme anecdotique et démarqués du modèle original, à celui de la Vie de saint Malo.

Depuis longtemps en effet, la critique a remarqué que certains éléments du récit de Bili se trouvent être comme ’empruntés’ et en léger ’décalage’ par rapport à ce que les deux versions, brève et longue, d’une vita anonyme antérieure prétendaient nous apprendre sur Malo, — vita connue et utilisée par Bili [62]. Sans prétendre en dresser la liste complète, nous retiendrons ici trois de ces ajouts possibles :

- d’abord, l’intervention du « prince » Meliau, lequel fait donation à l’ermite Domnech d’un vaste territoire, plus tard devenu l’ancienne paroisse et actuelle commune de Saint-Domineuc. « On ne nous dit pas pourquoi Meliau se prend subitement d’affection pour Domnech et on ne voit aucune raison plausible pour que le prince juge utile d’enrichir l’ermite et pas davantage pourquoi celui-ci accepte des richesses en contradiction avec la vie qu’il mène. » Pour expliquer qu’un pauvre ermite était le propriétaire d’un bien foncier aussi considérable que le territoire de Saint-Domineuc, « Bili a imaginé de le lui faire donner par Meliau, roi légendaire ou peut être [p. 113] mythique, qui déverse l’abondance sur les pays qu’il gouverne » [63] ;

- ensuite, l’anecdote d’un jeune enfant royal que poursuit la vindicte d’un certain Rethwal et qui s’enfuit devant cette menace en compagnie de son « nourricier » (cum nutritio suo… fugiens). Le jeune prince sera finalement rattrapé et assassiné par le cruel Rethwal, mais le meurtrier mourra à son tour le troisième jour après l’exécution de son forfait (Iniquissime vero Retwalus post homicidium perpetratum die tertia morte turpissima vitam finivit). Une anecdote similaire se retrouve dans la vita de saint Méen et F. Lot supposait que l’auteur de ce dernier ouvrage l’avait empruntée comme Bili « à une légende orale ou peut-être à une source hagiographique perdue » [64] ;

- enfin, le miracle de la résurrection de ce jeune homme de noble origine (hominem defunctum juvenem qui erat ex nobili genere), miracle opéré par saint Malo, mais que le « comte » Commor (Cunmor) — F. Lot l’appelle Conomor — qui présidait alors aux destinées de la Domnonée (qui tunc dux erat Domnonice regionis) avait sollicité. Le miracle est localisé à Corseul, « sans doute parce que l’église de cette localité était dédiée à saint Malo » [65] ; la présence de Commor ne se justifie nullement a priori : « que vient faire Conomor dans ce miracle ? On ne sait, il entre en scène et disparaît brusquement sans qu’on sache pourquoi… » [66]. De surcroît, l’intervention de ce personnage, lequel vivait vers 550, pose un sérieux problème de datation de l’époque à laquelle vécut saint Malo : en effet, le synchronisme entre saint Colomban, l’évêque de Saintes Leontius et le roi breton armoricain Judicael semble l’indice d’une datation basse (1ere moitié du VIIe siècle) [67] — que vient troubler le synchronisme entre le roi franc Childebert, Cunmor et saint Samson, ce dernier réputé cousin de Malo [68].

Nous savons par Bili lui-même qu’il séjourna au pays de Léon (in pago Leonensium habitabamus) et qu’il se rendit notamment à la « ville-forte de saint Paulinnan » où se trouvait alors l’évêque (et Clotwoion episcopus tunc in illo oppido erat). Les circonstances précises de ce séjour ne sont pas connues, non plus que ses dates ; le déplacement à la ville-forte où [p. 114] Clotwoion paraît avoir eu son siège épiscopal eut lieu fortuitement au cours d’un mois de janvier (fortuito in mense januario), — mais le millésime de l’année dont il s’agit n’est évidemment pas donné. Ce que nous connaissons de l’épiscopat de Clotwoion se résume à peu de choses, mais il paraît acquis qu’il occupa le siège de Léon (au moins jusqu’en 865 ?) au détriment de l’évêque Garnobrius (*Jarnobrius) déposé par Nominoë en 849/850 [69]. A la même époque, sur le siège épiscopal d’Alet, Main avait été lui aussi déposé et remplacé par Retwalatr [70] ; peut-être ce dernier entretenait-il avec Clotwoion des relations privilégiées, lesquelles expliqueraient pourquoi au moins deux clercs du diocèse d’Alet — notre Bili et un certain Budhoiarn de la paroisse de Guillac [71] — se trouvaient à la cour épiscopale de Léon précisément au moment où siégeaient les évêques institués par Nominoë [72].

Au cours de son déplacement du siège épiscopal d’Alet à celui de Léon [73], ou pendant son séjour dans ce dernier évêché, le clerc Bili a eu l’occasion ou l’envie de se rendre sur le tombeau de saint Melar à Lanmeur ; et il a pris connaissance en ce lieu de l’histoire tragique du jeune prince martyr .

Certains éléments du récit qu’il a lu ou/et entendu sur place ont particulièrement frappé son imagination. Ils ont passé avec un minimum d’adaptation dans son propre travail d’hagiographe relatif à saint Malo ; de ce fait, ils se trouvent être souvent légèrement ’décalés’, comme nous l’avons dit, par rapport au reste de l’histoire que raconte Bili. On a vu avec F. Lot que ce ’décalage’ était perceptible en l’absence même de comparaison entre la Vita Machutis et les pièces hagiographiques relatives à saint Melar ; mais il est évident, dès lors que cette comparaison est faite, et renforce l’hypothèse évoquée d’emprunts de Bili à des *acta deperdita de saint Melar, eux-mêmes source plus ou moins directe de la *vita Ia ou *vita archétype de ce [p. 115] dernier [74]. A l’inverse, la cohérence interne du récit de la vie de Melar, malgré la disparité actuelle des pièces qui composent le dossier littéraire de ce saint, n’incline pas à supposer que, dans la constitution même de ce dossier, on ait eu recours à quelques éléments disparates empruntés au récit de Bili.

Il y a d’abord le personnage de Meliau, le monarque bienfaisant : nul doute que ce nom est celui d’un chef breton armoricain du VIe siècle dont parle Grégoire de Tours à deux reprises dans son Histoire des Francs [75]. Il est évidemment possible que Bili ait connu cet ouvrage, qu’il ait choisi d’en extraire le nom de Macliau (Macliavus) et de lui donner une forme ’moderne’ compatible avec ce que l’on sait de l’évolution du vieux-breton, qu’il ait paré le personnage de ce nom des qualités qui font un prince apprécié et, au premier chef, qu’il en ait fait le généreux donateur au profit de saint Domineuc. Mais les deux épisodes relatifs à Macliau que rapporte Grégoire de Tours sont loin de confirmer ce portrait du roitelet breton — sauf à passer par une première étape de transposition dont la tradition mélarienne a conservé le souvenir. Dans cette dernière, le roi Meliau (Meliavus) — la forme du nom est d’ailleurs identique à celle donnée par Bili — est effectivement un monarque généreux, pieux et juste dont la bonté concourt au bonheur de son royaume sous le regard bienveillant de Dieu ; l’hagiographe mélarien du XIe siècle rappelle en particulier que Meliau était « large en aumônes » (in elemosinis largus) et c’est évidemment ce trait caractéristique qui figurait dans des gesta anciens et qui avait suggéré à Bili l’épisode de la donation faite à saint Domineuc. Toujours selon l’auteur de la *vita Ia, Meliau a un frère, Rivod, et un fils, le jeune Melar. Après que Meliau eut fait profiter son royaume de sept années de prospérité, Rivod, qui convoite le trône, assassine son frère et usurpe la couronne pendant sept ans avant de faire assassiner à son tour son neveu qui représente pour lui une menace ; mais il meurt trois jours après ce forfait.

« L’histoire de Rethwal » — souligne A. Oheix — « qui est un hors d’œuvre chez Bili, n’est pas sans analogie avec celle de Rivodius, le meurtrier de Méloir : tous deux meurent, après [p. 116] trois jours, d’une mort honteuse (…)… » [76]. En l’occurrence, la tradition mélarienne a gardé le souvenir d’une querelle de succession dynastique en Bretagne armoricaine — sans doute s’agit-il des événements dont Grégoire de Tours nous a conservé l’essentiel de la trame et qui ont abouti à la partition de la ’grande’ Cornouaille armoricaine [77] — querelle dont l’aspect de tragédie familiale a frappé l’esprit de Bili ; il a cherché à introduire dans son propre récit de la vie de saint Malo cet épisode sanglant de l’histoire de la Bretagne à l’époque mérovingienne pour compléter les dires de son prédécesseur, amplifier la matière première dont il disposait et se procurer ainsi l’aliment nécessaire à sa création littéraire.

Enfin l’intervention de Cunmor dans le miracle de la résurrection d’un jeune aristocrate apparaît nettement comme une réminiscence du rôle de Commor après la mort de Melar, à l’occasion des circonstances tout à la fois difficultueuses et miraculeuses de l’inhumation du corps du jeune prince martyr, telles que les rapporte, en les embellissant, l’auteur de la *vita Ia. Bili, influencé par les autres vitae de saints connues de lui dans lesquelles Commor joue généralement le rôle du ’méchant’, a voulu lui aussi montrer un personnage plein de morgue et dominateur ; du coup on comprend moins aisément la bienveillance que témoigne Commor, gratuitement semble-t-il, au jeune aristocrate défunt et aux proches de ce dernier. La tradition mélarienne quant à elle est plus cohérente : le jeune prince, accompagné de sa ‘nourrice’ et fuyant la vindicte de son oncle Rivod, s’est réfugié en Domnonée (le nord de la Bretagne armoricaine) auprès de Commor, qualifié comes (« comte ») et qui est marié à la tante de Melar. On est ici tenté d’établir un nouveau rapprochement avec ce que rapporte Grégoire de Tours à propos « des luttes sauvages de succession dans la dynastie de Cornouaille » [78] et en particulier du premier épisode de ces affrontements où l’on voit le « comte » Chonomor accueillir et recueillir le « comte » Macliavus qui cherche à échapper aux menées meurtrières de son frère [79]. Quant à Melar, malgré tous les soins apportés à sa sécurité par sa famille d’accueil, il est rejoint chez son protecteur par les séides de Rivod — Kerialtan et le fils de ce dernier, Justan — qui assassinent le jeune homme et le décapitent. Voilà donc les antécédents de l’intérêt porté par Commor au jeune aristocrate défunt dans l’épisode concerné de la vita de saint Malo : c’est de Melar dont il s’agissait dans la source utilisée par Bili, lequel n’a pas tout [p. 117] retenu de ce qu’il a lu et/ou entendu à Lanmeur.

Résumons : au milieu du IXe siècle à Lanmeur, la tradition mélarienne est sans doute déjà constituée. Cette tradition comprend au moins les éléments suivants : 1) le roi Meliau (Meliavus) dont le règne est synonyme de prospérité pour son royaume et d’ « aumônes » faites aux hommes de Dieu ; — 2) le fils du roi, poursuivi par la vindicte d’un usurpateur, se réfugie avec son ’nourricier’ (ou avec sa ‘nourrice’) auprès d’un puissant protecteur ; — 3) le meurtre du jeune prince suivi à trois jours de la « mort honteuse » du commanditaire de ce crime ; — 4) les circonstances miraculeuses des funérailles du jeune homme dans lesquelles Cunmor (Commorus) joue un rôle d’importance.

La logique interne du récit de la vie de Melar est parfaitement respectée : c’est celle qu’on retrouvera, avec des développements qui appartiennent à son auteur, ou que celui-ci aura emprunté à un autre type de source, dans la *vita archétype et, à sa suite, dans les autres textes mélariens.

3. Destinée et fragments subsistants de la *vita Ia de saint Melar

Le rédacteur du lectionnaire de l’abbaye Saint-Magloire de Paris au début du XIVe siècle, auquel nous devons le texte P, et celui du bréviaire imprimé de Saint-Malo en 1537, auquel nous devons le texte S, ont travaillé à partir d’un libellus disparu, dont la localisation est inconnue [80] ; tandis que le rédacteur du Propre de l’abbaye Notre-Dame-de-Châge en 1572, auquel nous devons le texte C1, et ceux qui, au XVIIe siècle, ont formé le recueil qui est l’actuel ms. Paris, Bibliothèque nationale de France, latin 13789, dans lequel on trouve le texte M, ont travaillé à partir d’un ms. vraisemblablement conservé à l’abbaye de Châge [81]. Les textes P, C1 et M sont les seuls témoignages sur la destinée de la *vita Ia et de son appendix, en même temps qu’ils en constituent les fragments disparates : objets d’interrogation tout autant que sources d’information, leur utilisation réclame méthode et vigilance.

[p. 118] Texte P

L’impression que le rédacteur du lectionnaire de l’abbaye Saint-Magloire de Paris opère des coupes dans la *vita Ia de saint Melar est suggérée par la comparaison de P avec M, pour la partie du récit qu’ils ont en commun, avec le texte de Jean de Tynemouth et avec la ’traduction’ rimée en anglo-normand de la *vita. Ainsi l’auteur de P omet de donner le terminus ad quem du séjour de Melar au monastère de saint Corentin ; il gomme l’image de la cire molle à propos du rocher dans lequel vient se ficher le projectile lancé par le jeune prince ; il réduit la portée de la formule relative à la manière dont la renommée de l’enfant est portée aux oreilles de Rivod et fait grâce à son lecteur des raisons, certes évidentes, pour lesquelles l’usurpateur va s’acharner derechef sur Melar ; surtout son texte s’achève brutalement sur le châtiment de Justan. Ces coupes sont évidemment liées au fait que l’adaptateur maglorien veut réduire aux dimensions qu’il a prédéterminées le volume de sa transcription. Pour autant, il ne s’agit pas d’un véritable résumé et, l’effort d’abréviation n’ayant rien de systématique, de larges passages du texte contenu dans le libellus ont pu être retranscrits sans subir d’altérations majeures. Ainsi, comme on peut le vérifier par l’autre copie partielle du libellus que constitue le texte S, P nous a sans doute conservé de la *vita Ia le prologue — dont l’importance ne peut nous échapper, malgré l’apparent caractère convenu de ce genre de ’générique’ [82] — et les différents éléments de la généalogie de Melar, même si en l’occurrence des doutes subsistent sur les formes primitives des noms qui figurent dans cette généalogie [83] ; il est indubitable que l’auteur de P connaissait également la tradition orale relative à saint Melar, puisqu’il utilise la forme évoluée du nom de l’oncle de Melar (Rivodus < *Rivaud/*Rivaut < *Riwalt), évolution postérieure à la seconde moitié du XIIe siècle et dont ne portent pas trace les autres témoins de [p. 119] la *vita Ia qui ont figé le nom *Riwalt sous la forme fallacieuse Rivoldus. En outre le vocabulaire de P présente certaines spécificités [84], des redondances — mais derrière ces apparentes redites se devine un souci de la précision qu’on chercherait en vain dans M [85] et qui avait donc peut-être déjà disparu de la source meldoise de ce dernier texte, à moins qu’il ne faille attribuer la responsabilité de cette épuration à l’auteur de M [86]— et (pourquoi pas ?) des éléments celtiques récurrents, tant au niveau du vocabulaire [87] que de certaines tournures syntaxiques [88], qui sont également absents du texte M.

Texte C

Il nous a été principalement transmis par le rédacteur du propre de l’abbaye de Châge qui a travaillé (en 1572) d’après le ms. médiéval conservé sur place et qui a intitulé ce morceau Translatio sancti Melori. La première partie de C résume l’essentiel de la *vita Ia, jusqu’aux châtiments successifs de Kerialtan et de Rivod, en reprenant de nombreuses expressions qui figurent dans l’un des deux principaux fragments conservés de cette *vita (texte M) ; en outre, l’hagiographe a rapporté trois noms propres dans son résumé : les formes de ces noms sont les mêmes que celles des deux autres textes (P et S) qui nous ont transmis l’essentiel du libellus [i]. [p. 120] La seconde partie de C est un récit distinct ; le style là encore ne laisse aucun doute possible : l’auteur est bien le même que celui de la *vita Ia et le texte C formait le prolongement de celle-ci. Aussi bien la *vita et son appendix constituaient-ils un ensemble dont nous connaissons indirectement un témoin en Grande-Bretagne par ce que nous en a conservé Jean de Tynemouth [89]. L’autonomie de cet appendix fut renforcée par deux phénomènes qui ne sont pas strictement convergents. En Bretagne, des circonstances qui ne nous sont pas connues ont apparemment amené le démembrement de l’exemplaire de la vita Ia utilisé par l’auteur de la *vita IIa : ce dernier en effet, pour ce que nous savons de son oeuvre, semble tout ignorer de l’épisode de la réunion miraculeuse des reliques du saint et cette ignorance caractérise également les hagiographes mélariens tardifs, à Lanmeur et à Quimper, qui croient que la relique de la tête coupée du saint est restée dans cette dernière ville ; il faut donc supposer que seul le texte de la *vita Ia proprement dite était connu en Bretagne à l’époque où l’auteur de la *vita IIa a collecté, fixé et transmis la tradition mélarienne. A l’abbaye meldoise de Châge, c’est la partie du ms. médiéval contenant le texte de la *vita Ia proprement dite, qui a progressivement disparu, ne laissant subsister qu’une copie partielle et lacunaire du XVIIe siècle (texte M) ; à l’inverse l’état du ms. devait être beaucoup plus satisfaisant pour ce qui est de l’appendice à la *vita puisque deux copies, intégrales semble-t-il, en ont été levées successivement en 1572 et vers 1684 (C1 et C2).

Texte M

Comme nous venons de le dire, le copiste tardif qui nous a transmis le texte M a lui aussi travaillé d’après le ms. de Châge et son travail a été compliqué par l’aggravation de l’état de corruption de ce ms [90]. Ainsi non seulement sa transcription ne contient ni le début ni la fin du texte de la *vita Ia tels que les font connaître l’autre fragment conservé (P) ainsi que le texte T, mais elle présente sans doute des lacunes internes [91]. On ne retrouve pas dans M d’indices permettant de supposer une volonté de réécriture du texte sur lequel a travaillé le copiste tardif. Cependant les difficultés qu’il a rencontrées pour lire le ms. sont probablement à l’origine de certaines des divergences de forme repérées entre M et P : plusieurs noms propres [p. 121] sont ainsi égratignés [i], mais surtout le copiste tardif a souvent été obligé de se livrer, au détriment de la fidélité de sa transcription, à un véritable travail d’interprétation d’un texte dont l’accès était souvent rendu difficile par l’état du ms.

En conclusion, P et M sont étroitement apparentées et ne présentent aucune différence de fond. Leurs différences de forme doivent être essentiellement imputées d’une part au traitement, et particulièrement aux coupures, que le rédacteur du lectionnaire de Saint-Magloire de Paris a administré au texte original de la *vita Ia contenu dans le libellus ; d’autre part à la façon dont le copiste médiéval qui a produit le ms. de Châge a lui aussi ’adapté’ le texte qu’il transcrivait, en particulier quand il a procédé, sous des influences différentes, aux substitutions de noms pour les deux grands-pères du saint (respectivement Budic au lieu de Fortunatus et Judocus au lieu de *Winocus) [92] ; mais également quand il s’est avisé de ’corriger’ le latin un peu touffu et marqué de celticismes de sa source,— à moins que ces ‘corrections’ ne doivent être attribuées au copiste tardif qui nous a transmis le texte M.

4. La *Legenda sancti Melarii et la *vita IIa de saint Melar

La *Legenda sancti Melarii, au moins sous sa forme actuelle la plus développée — il s’agit du texte D — n’est pas régulièrement et directement venue de la *vita Ia : bien que le fond du récit soit identique, les deux textes ne présentent pas de parenté manifeste dans la forme, ni dans le détail ; de plus ses spécificités onomastiques [93], les omissions et les additions qui la différencient des textes T, P, M et C, mais aussi ses évidentes lacunes, renforcent l’hypothèse que la *Legenda sancti Melarii — ou plus précisément le texte D — constitue l’abrégé d’une composition hagiographique qui n’était pas la *vita Ia du saint, que nous croyons [p. 122] postérieure à cette dernière et qui pour cette raison sera désignée *vita IIa.

Localisation de la *Legenda sancti Melarii

La copie réalisée par le bénédictin breton Denis Briant [94] est suivie d’une note qui donne des précisions sur la source et les variantes du texte D :

« Haec ex apographo P. Du Pazii. — Ex veteri breviario Leonensi, VI non. octob., Lectio I : In exordio Christianae religionis quidam christianissimus rex apud Britannos extitit nomine Budic cui extiterunt duo filii, Melianus [corrigé : Meliavus] ac Rivodius, etc, quae supra stylo breviori ; nisi quod beati pontificis Corentini summus minister nutriri tantum fecit in finibus regionis ; nihil de monasterio et ejus inter monachos educatione et conversatione. »

Cette note confirme que les leçons de l’ancien bréviaire imprimé de Léon de 1516, ne peuvent, malgré l’étroite parenté qu’elles présentent avec D, avoir été la source de ce texte ; d’ailleurs D ne peut-être tiré d’aucun autre bréviaire ou lectionnaire, car il n’est point découpé en leçons, mais plutôt d’un recueil de legendae, — un « légendaire » ou mieux un légendier.

La première phrase du texte D est la suivante :

« Quidam nobilis apud transmarinos extitit, cui (Joanni) cognomen erat lex vel regula, vir quidem genere regius, terra, familiis, opibus admodum opulentus ».

Et dans la marge de la copie de Dom D. Briant, une note — « qui doit être de Du Paz » [95] — précise : « Ce mot Joanni n’est que dans un seul manuscrit, les autres ne l’ont point ». Il s’agit là évidemment d’une indication précieuse : outre le fait que, si l’attribution de cette note au P. Du Paz est avérée, on peut conclure à l’existence de plusieurs manuscrits de la *legenda encore subsistants à travers toute la Bretagne à la fin du XVIe et dans le premier tiers du XVIIe siècle [96], le mot Joanni peut être valablement considéré comme un véritable ’marqueur’ [p. 123] permettant dès lors de repérer et de reconnaître avec certitude l’un des manuscrits auxquels a été collationné le texte D ; et donc de localiser et d’identifier l’une des sources spécifiques de la transcription du P. Du Paz. Or une note marginale d’A. de La Borderie dans son propre exemplaire des Preuves de l’histoire de Bretagne de Dom Morice laisse à penser que le grand érudit breton du siècle dernier avait lui-même rencontré un manuscrit de la *legenda où figurait le ’marqueur’ dont nous avons parlé. Ce manuscrit, qu’il désignait Vetus collectio manuscriptorum de rebus Britanniae [97], était d’ailleurs en sa possession et voici la description qu’il en donnait en 1882 : « C’est évidemment le cahier de notes et d’extraits d’un clerc amateur d’histoire bretonne, vivant vers l’an 1460, et qui pour satisfaire son goût — peut-être en vue de composer quelqu’ouvrage, — avait parcouru toute la Bretagne, allant d’archives en archives, de château en abbaye et de couvent en cathédrale, copiant, extrayant ou résumant tout ce qui lui tombait sous la main, chroniques, légendes, chartes, nécrologes, épitaphes, etc » [98]. Ce « cahier de notes et d’extraits » dont A. de La Borderie devint le possesseur vers 1860 dans des circonstances imprécises, était connu et utilisé depuis la fin du XVIIe siècle au moins, en particulier par les bénédictins bretons qui l’avaient quant à eux intitulé Vetus collectio manuscripta ecclesiae Nannetensis : A. de La Borderie l’avait donc rebaptisé à son usage personnel et, à sa mort, le précieux document intégra les Archives départementales d’Ille-et-Vilaine.

L’extrait de la *Legenda sancti Melarii contenu dans la Vetus collectio débute effectivement par la phrase suivante :

« Quidam [99] nobilis apud transmarinos Britannos extitit, cui Johanni cognomen erat lex vel regula, vir quidem genere regius, terra, famulis opibusque admodum opulentus ».

[p. 124] Gw. Le Duc a identifié « le clerc amateur d’histoire bretonne, vivant vers l’an 1460 » avec Pierre Le Baud, identification déjà suggérée par A. de La Borderie et qui paraît aujourd’hui largement admise [100] ; en revanche, il subsiste des incertitudes quant à l’époque de composition de ce recueil : soit entre 1463 et 1482, soit entre 1498 et 1505 [101]. Quoi qu’il en soit de cette datation, nous avons donc, bien antérieurement à la collation effectuée par le P. Du Paz, un autre témoin de l’existence en Bretagne d’un manuscrit de la *Legenda sancti Melarii. Les deux textes diffèrent uniquement par les coupes pratiquées par Le Baud ; celui-ci en effet ne paraît s’intéresser en l’occurrence qu’à la seule généalogie de la dynastie de Cornouaille : ainsi, quand le texte qu’il suit lui fournit à nouveau l’indication sanctus Melarius beati Meliavi filius qu’il connaît déjà, il note aussitôt etc ut supra et abandonne là sa transcription. Mais celle-ci est plus fidèle que celle du P. Du Paz puisqu’elle donne la précision Britannos pour qualifier les transmarinos, précision qui est absente du texte D. Compte tenu a) de ce qui a été dit à propos du ’marqueur’ Joanni commun aux deux transcriptions et réputé ne figurer que dans un seul des manuscrits utilisés par le P. Du Paz ; b) de la désignation legenda dont s’est servi Le Baud pour qualifier la nature de sa source ; c) de la spécificité de la forme Melarius du nom du saint également commune aux deux textes, — il est légitime de supposer que l’un et l’autre ont été copiés sur le même légendier vraisemblablement léonard. Gw. Le Duc, à propos de la Vita Ronani qui figurait également dans ce recueil [102], conjecture qu’il s’agissait de celui de l’église collégiale Notre-Dame-du-Folgoët [103]. Nous savons d’ailleurs que le P. Du Paz, collecteur du [p. 125] texte D, a effectivement fait usage du légendier de Notre-Dame-du-Folgoët [104] et qu’il a échangé des documents avec Albert Le Grand, lui-même grand utilisateur de ce légendier [105]. Si cette localisation de la source du texte D était avérée, l’époque de la compilation de la *legenda pourrait être circonscrite avec assez de précision : au plus tôt contemporaine de l’essor du sanctuaire léonard, vers 1380, avec l’appui successif des ducs de la maison de Montfort, sur la base de l’usurpation d’un miracle intervenu quelque trente années auparavant à Landévennec en Cornouaille ; au plus tard vers 1470-1480, avant la consultation du légendier par Pierre Le Baud au cours de son périple archivistique en Basse-Bretagne.

Saint-Pol-de-Léon peut-être, Notre-Dame-du-Folgoët très vraisemblablement, mais assurément Saint-Mathieu-de-Fineterre sont au nombre des étapes de ce périple [106] ; ainsi l’hypothèse que la *Legenda sancti Melarii figurât, avec les autres legendae consultées par Le Baud, dans un recueil de cette abbaye est-elle largement recevable [107] : un ouvrage de ce genre était encore effectivement conservé en ce lieu à l’époque d’Albert Le Grand, lequel en énumérant les sources de sa Vie de saint Vouga le décrit comme « un vieil légendaire aussi manuscrit sur vellin » [108]. Quelle date proposer pour la mise en oeuvre de ce recueil ? Un premier terminus a quo est constitué par la fondation de l’abbaye ; la date de cet événement n’est pas connue avec précision, mais les indices archéologiques et diplomatiques sont assez convergents pour fixer l’époque de l’érection de ce monastère « à la fin du XIe ou plus [p. 120] [p. 126] probablement à la première moitié du XIIe siècle » [109]. Un second terminus a quo peut être fixé, si nous avons bien affaire à la source de Le Baud, à l’époque de la composition de la plus récente des vitae dont le recueil en question offrait la compilation ; en l’occurrence il s’agit, sinon de la Vie de saint Ronan, de celle de saint Hervé, composée à la fin du XIIIe siècle. En outre, une localisation à l’abbaye Saint-Mathieu-de-Fineterre rendrait compte du raturage effectué sur le ms. pour antidater le texte relatif à saint Goëznou (1199 au lieu de 1019) : cette falsification dont l’honnêteté de Pierre Le Baud nous a conservé la trace — nous y revenons dans le chapitre « Reliques et lieux de culte », au paragraphe consacré à « Meaux et Paris » — serait l’oeuvre d’un moine du lieu, soucieux de faire précéder la fondation de sa maison par la translation des reliques de l’Evangéliste depuis Salerne jusqu’à l’évêché de Léon.

Rapports respectifs entre le texte D, la *Legenda sancti Melarii et la *vita IIa du saint

La *Legenda sancti Melarii constitue l’abrégé et de facto la réfection d’une composition hagiographique distincte de la *vita Ia du saint ; mais nous ne connaissons pas directement le texte mélarien dont il s’agissait et donc nous ignorons précisément en quoi a consisté sa réfection. De surcroît la *legenda ne nous est elle-même parvenue que par une transcription tardive, désignée D, sans doute effectuée à partir de plusieurs manuscrits ; ainsi D, texte composite, est-il seulement le reflet d’un reflet et il est évident qu’à la suite de cette mise en abîme, l’image que nous saisissons aujourd’hui est sans doute déformée sinon même partiellement estompée, notamment quand le travail d’abréviation a été trop poussé. Qui donc s’exprime au travers de la formule que l’on trouve dans 2 b (texte D) : etsi huic operi inserenda minime putavi ? Le copiste du principal ms. utilisé par le P. Du Paz pour sa collation du texte en question [110] ? Ou l’auteur de la *legenda ? Ou bien encore cette formule était elle déjà dans la source utilisée pour composer la *legenda [111] ? Dès lors il est évidemment impossible de cerner derrière ce jeu de miroirs les contours précis de la *vita IIa. Cependant, outre un certain nombre de détails et de traits caractéristiques qui figurent exclusivement dans D, d’autres éléments du récit transmis par ce texte et qui ne sont pas dans la *vita Ia se [p. 127] retrouvent également dans le texte G (de Jean de Grandisson) et/ou dans celui d’Yves Arrel ; puisque par ailleurs ces deux textes, peu suspects d’avoir entre eux un lien direct, et très marqués — surtout celui d’Arrel — par le génie inventif de leurs auteurs respectifs, ont en commun des éléments qui ne se retrouvent pas dans D et qui, là encore, n’ont pas été empruntés à la *vita Ia de saint Melar, nous avons considéré qu’à défaut d’unanimité entre les trois textes concernés, l’accord entre deux d’entre eux sur les mêmes éléments du récit ou du texte était l’indication assez sûre que ces éléments étaient des vestiges de la *vita IIa.

Quant à la dépendance et donc à la postériorité de cette dernière à l’égard de l’autre composition hagiographique mélarienne du saint, elles se déduisent aisément d’un point de critique interne de D. Dans ce dernier texte l’énumération des différentes promesses de récompense de Rivod à Kerialtan pour l’assassinat de Melar se conclut par la formule : ac sui insuper regni se esse bajulum , formule équivoque que l’on retrouve dans la traduction/adaptation de la *Legenda sancti Melarii par Le Baud [112] et dans le recueil hagiographique de Dom Lobineau [113]. Or, confortée par le fait que cette formule était déjà hier aussi difficile qu’aujourd’hui à interpréter sinon à traduire, l’évidence est qu’elle est venue de façon superfétatoire (insuper) sous la plume de son auteur et qu’elle résulte en fait d’un contresens sur bajulus, mot qui figurait dans au moins un ms. de la *vita Ia où il renforce le terme nutritor pour mieux définir la fonction de ’gouverneur’ remplie par Kerialtan auprès de Melar [114] ; et où l’a pris l’auteur de la *vita IIa pour lui donner une signification plus conforme aux institutions et aux moeurs de son temps : celle d’officier délégataire du pouvoir du souverain, comprise comme telle en Bretagne dans le dernier tiers du XIIe siècle et dans le premier tiers du siècle suivant seulement [i].

[p. 128] Ainsi non seulement ce contresens sur bajulus nous permet de déterminer la période à laquelle a été composée la *vita IIa de saint Melar, mais encore il nous confirme que l’hagiographe a sans doute emprunté l’essentiel de sa matière à la *vita Ia puisque ce texte lui était connu. Certes manquent dans le texte D le récit des miracles enfantins du saint et il ne nous est pas possible de déterminer si cette omission correspond à une lacune du principal ms. utilisé par le P. Du Paz pour sa collation du texte en question, ou bien à une coupure pratiquée par l’auteur de la *legenda, ou bien encore si ces épisodes manquaient déjà dans la source de celle-ci ; la même remarque vaut aussi pour le miracle de la ’tête coupée qui parle’ [115]. En revanche l’hagiographe connaît et rapporte les circonstances tragiques et violentes de la disparition de Meliau, puis de la mutilation de Melar [116] et enfin de la mort du jeune prince ; il sait et raconte comment Justan, Kerialtan et Rivod [117] furent successivement frappés par la punition divine. Les circonstances tout à la fois difficultueuses et miraculeuses de l’inhumation du corps martyrisé de Melar ne sont pas dans D ni dans le texte de Grandisson : Arrel [118] en connaît apparemment l’essentiel, mais il est possible qu’il ait simplement rapporté la tradition orale qui avait encore cours à son époque à Lanmeur, et depuis le IXe siècle au moins, comme s’en était déjà fait l’écho en son temps l’auteur de la *vita Ia  ; enfin le miracle de la réunion des [p. 129] reliques du saint et de leur retour au lieu de l’inhumation du corps martyrisé ne figure pas dans D, ni dans G, et il est également ignoré d’Yves Arrel.

Sources de la *vita IIa

Mais si l’hagiographe de la *vita IIa n’a pas tout retenu ou n’a pas tout connu de la *vita Ia, sans aucun doute sa source principale, il a complété celle-ci par d’autres auxquelles il emprunte des détails de nature historiques. Ainsi il utilise les traditions relatives à la venue de Riwal en Armorique, — traditions dont l’écho était parvenu à l’abbaye de Bergues dès avant le milieu du XIe siècle et que connaît également l’auteur de la vita de saint Lunaire [119] et qu’il adapte sur mesure au personnage de Johannes réputé l’ancêtre de saint Melar dans la *vita Ia de ce dernier. Quant à Riwal, le voilà désormais le père d’Aurille, la propre mère du saint [120]. L’auteur de la *vita IIa connaît aussi la liste semi-fabuleuse des comtes de Cornouaille, composée entre 1058 et 1084 et qui figure dans le cartulaire de Landévennec, puisque, sur la base d’une homonymie approximative, il identifie le même Johannes avec Jahan Reith dont le nom est porté sur la liste en question : d’où l’attribution à Iohannes du surnom lex ou regula qui traduit le vieux-breton reith, aujourd’hui reiz ; de même, à la suite d’un rapprochement sémantique audacieux entre le vieux-breton bud, « victoire, profit » et le latin fortuna « bonheur, chance, richesse », l’hagiographe identifie Fortunatus, que la généalogie de Melar désigne comme étant le fils d’un certain Daniel et le grand-père paternel du saint dans la *vita Ia de ce dernier, à Budic, réputé successeur de Daniel Drem Rud Alammanis rex dans cette même liste [121]. Enfin, comme dans la vita IIa de saint Tugdual, il désigne Commor praefectus regis Francorum [122], titre ambigu, dont l’origine est méconnue, mais qui suggère quelques hypothèses [123].

[p. 130] On peut ainsi constater que les précisions apportées par l’auteur de la *vita IIa de saint Melar se retrouvent le plus anciennement dans des ouvrages composés approximativement dans le second et le troisième tiers du XIe siècle, donc contemporains de la *vita Ia du jeune prince martyr.

La ’marque’ de l’hagiographe

Un épisode du récit, qui se retrouve aussi bien dans le texte D que dans celui de Jean de Grandisson, ainsi que dans le ’roman’ d’Yves Arrel, alors qu’il est absent de ce que nous ont transmis de la *vita Ia les textes T, P, M ainsi que le texte C, paraît bien constituer la ’marque’ de l’auteur de la *vita IIa [124] ; et permettre ainsi, à l’intérieur de la période large pendant laquelle l’ouvrage a pu être composé, de resserrer les dates extrêmes de cette composition. En effet, au-delà de ce que rapportait la *vita Ia sur l’attitude de Rivod quand, ayant appris par la rumeur publique combien Melar montrait de vertu et craignant que cette vertu ne constituât la meilleure arme du jeune prince pour la reconquête de son trône, il appellait à lui le ’nourricier’ (nutritor) de Melar et tout à trac lui proposait contre récompense de tuer son pupille [125], cette rencontre entre les deux hommes est désormais présentée dans la *vita IIa comme un véritable complot que Rivod, empêché d’agir au grand jour parce que les siens ne le laisseraient pas s’en prendre à Melar, ourdit en secret : au cours d’une ripaille à laquelle il a convié le ’nourricier’ de son neveu, il le circonvient dans la chaleur — que l’on imagine volontiers étouffante — du vin et des viandes, et obtient de lui qu’il tue le jeune prince [126]. Dans la *vita Ia, le marchandage [p. 131] entre le commanditaire et l’exécutant du meurtre de Melar avait déjà fait éclater la turpitude de Rivod et la corruption chez Kerialtan ; dans la *vita IIa il faut ajouter à la charge du premier, la perfidie et la cautèle. Or c’est un véritable topique au début du XIIIe siècle, pour les chroniqueurs contemporains, de souligner les défauts dont il est question chez Jean Sans Terre [127], notamment en ce qui concerne son entreprise contre son neveu, Arthur de Bretagne, afin d’éliminer celui-ci de la succession au trône d’Angleterre [128]. L’histoire de saint Melar a suscité en Bretagne, immédiatement après que se fut achevée tragiquement la courte et chevaleresque existence du jeune duc — Arthur avait quinze ans quand il mourut en 1203, assassiné dans la prison où le retenait son oncle — un intérêt renouvelé qui s’expliquait évidemment par le parallèle entre les destinées des deux princes enfants : il n’est pas jusqu’à l’évocation d’une possible mutilation qui ne trouve aussi sa place dans l’histoire d’Arthur, selon le chroniqueur Raoul de Coggeshall, mutilation qui aurait été conseillée au roi par ses compagnons en lieu et place de la mise à mort de son neveu ; mais cette décision de disqualifier ainsi le jeune prince ne fut pas, semble-t-il, suivie d’effet. Jean Sans Terre tenait, comme Rivode, à son idée première et préféra faire exécuter Arthur, dans des circonstances d’ailleurs mal élucidées : il s’agissait avant tout pour lui de se débarrasser d’un rival dangereux, dont la légitimité pouvait apparaître plus grande aux yeux de certains barons de l’empire Plantagenêt ; un tel compétiteur mutilé mais vivant aurait constitué une menace permanente pour les intérêts du roi et fournissait à ce dernier le prétexte d’ordonner son élimination définitive, prétexte dont s’était également servi Rivod d’après le premier biographe du prince Melar. Dès lors il est assez aisé d’entrer dans le dessein de l’auteur de la seconde *vita du saint : il s’est agi pour lui d’adapter au goût du jour et surtout aux sombres événements du moment une tradition hagiographique ancienne dont témoignait la *vita Ia.

Documents joints

Notes

[1] A. de La Borderie, Hist. de Bretagne, t. 1, p. 373, — F. Lot, Mélanges d’histoire bretonne, p. 123, n. 2 (avec quelques contradictions sur lesquelles nous reviendrons), — A. Oheix, « L’histoire de Cornouaille… », p. 18 (qui supposait qu’elle devait « remonter à une source antérieure »), — et F. Duine, Memento des sources hagiographiques…, p. 100, avaient daté la composition de la Vie latine de saint Melar vers le XIe siècle au plus tôt, plus généralement du XIe ou du XIIe siècle. Plus récemment D.-B. Grémont, « Recherches sur saint Mélar… », p. 307, a conjecturé que l’auteur de cette Vie « paraît avoir écrit au XIIe siècle » ; et c’est à cette opinion que se sont rangés depuis B. Merdrignac, Recherches sur l’hagiographie armoricaine…, t. 1, p. 65, et P. Guigon, « Les fouilles d’avril 1985 à Lanmeur », p. 240. R. Largillière, Les saints et l’organisation chrétienne primitive…, p. 224, n. 5, la qualifiait de « très ancienne » et B. Tanguy, « Grallon… », p. 32, qui adopte pourtant la datation XIIe ou XIIIe siècle, dit de cette Vie que son « fonds est de toute évidence très ancien ».

[2] A l’occasion d’une première synthèse sur la tradition manuscrite de la Vie de saint Melar (colloque du Centre international de recherche et de documentation sur le monachisme celtique à Landévennec en juillet 1993) nous avions conclu rapidement que la *vita archétype, ou alpha comme nous l’avions aussi désignée, ne devait pas être antérieure à la seconde moitié du XIe siècle puisqu’elle connaît le pagus Castelli, apparu après 1040 en qualité de circonscription ‘administrative’ à la faveur du renforcement du pouvoir diocésain du titulaire du récent siège de Tréguier et dans le contexte des cadres territoriaux de la féodalité. En même temps, cette *vita ne devait pas être postérieure à la seconde moitié du XIIe siècle, car elle ignore la paroisse de Lanmeur en tant que telle (elle ne mentionne même pas le toponyme) et ne signale évidemment pas la sujétion de cette paroisse à l’évêché de Dol : or il paraît établi que l’appartenance doloise de Lanmeur, alors contestée par les habitants du lieu, est signalée en 1157 ou 1158.

[3] Nous empruntons cette expression à B. Merdrignac.

[4] Nous utilisons la récente et très commode monographie de E. Pinçon, Notre crypte Saint-Mélar de Lanmeur, parue en 1995, qui s’appuie sur le rapport de fouilles de M. Philippe Guigon, du CNRS. Nous avons laissé de côté tout ce qui concerne l’interprétation des sculptures qui ornent deux des piliers de la crypte et qui ont fait couler beaucoup d’encre ; nous croyons d’ailleurs que ces sculptures étaient déjà sur les colonnes antiques qui ont été remployées pour servir de piliers à l’édifice primitif.

[5] Sur l’imagerie inspirée à de nombreux auteurs par la crypte de Lanmeur depuis les cent cinquante dernières années, voir le florilège de citations recueillies par E. Pinçon, Notre crypte Saint-Mélar de Lanmeur, p. 57-74.

[6] C’est ce niveau surélevé tardif qui a été restauré après les fouilles de 1985. — P. Guigon, « Les fouilles d’avril 1985 à Lanmeur », p. 242, et E. Pinçon, Notre crypte Saint-Mélar de Lanmeur, p. 55, sont parvenus à une datation plus précise, mais les arguments avancés peuvent être largement discutés.

[7] P. Guigon, « Les résidences aristocratiques de l’époque carolingienne en Bretagne : l’exemple de Locronan », dans MSHAB, t. 69 (1992), p. 10.

[8] E. Pinçon, Notre crypte Saint-Mélar de Lanmeur, p. 78.

[9] P. Audin, « Le culte des fontaines », p. 691.

[10] E. Pinçon, Notre crypte Saint-Mélar de Lanmeur, p. 98.

[11] Nous y revenons spécifiquement dans le chapitre intitulé « Reliques et lieux de culte ».

[12] E. Pinçon, Notre crypte Saint-Mélar de Lanmeur, p. 99.

[13] Au moment de ces travaux tardifs, « les ouvriers canalisèrent le petit ruisseau par un drain qui contournait la ’fontaine’ tout en l’alimentant par une sorte de siphon. Le procédé était astucieux puisqu’il permettait d’élever le niveau de l’eau dans la cuve au dessus du niveau du dallage » (E. Pinçon, Notre crypte Saint-Mélar de Lanmeur, p. 56).

[14] E. Pinçon, Notre crypte Saint-Mélar de Lanmeur, p. 56.

[15] C’était l’opinion du Curé Doyen de Plestin-les-Grèves, J.-M Le Joncour, dont un croquis du bassin nous a conservé un essai de transcription de l’inscription en question (E. Pinçon, Notre crypte Saint-Mélar de Lanmeur, p. 147).

[16] D’après le témoignage le plus ancien dont nous disposons, datant du premier tiers du XVIIe siècle (Y. Arrel, Vie de saint Melaire…, p. 53, repris presque mot pour mot en 1636 par A. Le Grand, Vies des saints de Bretagne…, p. 491), fut édifiée au lieu où le chariot qui transportait le corps martyrisé du jeune prince s’était arrêté « une belle église dédiée à Dieu, sous le nom et invocation de sainct Melar » ; et le corps du saint fut placé « dans un coffre de pierre de grain eslevé au dessus du grand aultel où il est encore aujourd’huy conservé avec beaucoup de vénération et de dévotion ». La crypte est donc complètement passée sous silence ; par ailleurs la description du coffre en granite (« pierre de grain ») est trop sommaire pour permettre de l’identifier avec l’éventuel sarcophage du saint.

[17] P.R Giot, « Insula quae Lavrea appellatur : fouilles archéologiques sur l’Ile Lavret », dans Landévennec et le monachisme breton dans le haut Moyen Age. Actes du colloque du XVe centenaire de l’abbaye de Landévennec 25-26-27 Avril 1985, s.l. [Landévennec], 1986, p. 219-237, particulièrement p. 223-224.

[18] 1i (texte M) : in domo illa in qua martirizatus fuerat.

[19] D’autant plus que sur place se trouvaient les matériaux qui seraient finalement remployés dans cette construction.

[20] 1i (texte M) : ad quamdam ecclesiam, désignation vague et assez péjorative. Il est clair en tout cas que l’hagiographe mélarien ne peut avoir été un bénédictin de Saint-Jacut puisque toute une partie de son ouvrage est apparemment destinée à lutter contre une éventuelle revendication mélarienne de cette abbaye dont les possessions à Lanmeur sont attestées dès 1163 (J. Geslin de Bourgogne et A. de Barthélemy, Anciens évêchés de Bretagne, t. 4, p. 278).

[21] 1i (texte M). — Le nom s’est conservé dans celui de l’actuelle commune et ancienne paroisse trégoroise de Guimaëc ; jusqu’au XIVe siècle il s’appliquait au seul ’chef-lieu’ paroissial, très ancien, où se voit encore aujourd’hui une stèle anépigraphe, peut-être funéraire, tandis que l’ensemble du territoire de la paroisse était désigné Ploemaec. — A l’époque de rédaction de la *vita Ia, la paroisse de Lanmeur, réputée enclave de Dol au bas Moyen Age, n’existe donc pas encore, même si le toponyme, qui n’est d’ailleurs pas mentionné par l’hagiographe, peut être ancien ; en tout état de cause nous pensons qu’il faut l’interpréter « grand domaine » (sans doute ecclésiastique) plutôt que « grand monastère ».

[22] C’est l’indication que l’institution à laquelle se rattachait le clerc en question contrôlait voire possédait le territoire, le domaine, la villa, où devait être construit le monument mélarien : il doit s’agir du territoire encore désigné en 1296 asilum ou monachia de saint Melar et qui comprenait à cette date des terres situées apud Boesseriam et alibi, « à proximité de Beuzit et ailleurs » ; ce minihi s’étendait, à l’opposé de Beuzit, jusqu’au ruisseau qui forme la limite orientale de Lanmeur avec l’actuelle commune et ancienne paroisse de Plouégat-Guérand et qu’enjambe un pont nommé justement Pont-ar-Minihy.

[23] Parcours dont nous ne savons rien ; la tradition tardive à Lanmeur, laquelle ne connaît plus la *vita Ia, évoque la destination de Lexobie , c’est à dire le village actuel du Yaudet en la commune de Ploulec’h (Y. Arrel, Vie de saint Melaire…, p. 53, suivi en 1636 par A. Le Grand, Vies des saints de Bretagne…, p. 491).

[24] Ce sont les animaux ordinaires de trait au moins jusqu’au XIIe siècle (N.-Y. Tonnerre, Naissance de la Bretagne…, p. 475, n. 2 ; p. 476, n. 3 ; p. 483). — Comme a bien voulu nous le signaler Monsieur P. Flobert, l’emploi de tauri pour boves est peut-être un poétisme (cf. Virgile, En., 8, 316 ; Buc., 4, 41 ; etc).

[25] P. Barbier, qui a étudié avec méticulosité le Trégor historique et monumental, Saint-Brieuc, 1960, conclut (p. 272) : « on peut dater la crypte romane de Lanmeur avec assez de certitude, d’après son style, du milieu du XIe siècle ; mais elle n’est certainement pas antérieure à cette date ». C’est aussi l’opinion de R. Couffon et A. Le Bars dans leur Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper et Léon (1959). — Pour P. Guigon « il semble possible d’assigner à cet édifice un âge peu éloigné de la fin du Xe ou du début du siècle suivant » (L’architecture pré-romane en Bretagne : le premier art roman, s.l., 1994, p. 18).

[26] Il n’est pas impossible de reconnaître à l’occasion d’autres motivations, en particulier une certaine préoccupation ’historique’ de la part de l’hagiographe, comme en témoigne la *vita IIa de saint Melar. D’ailleurs, B. Guénée, Histoire et culture historique…, p. 53-55, a fait remarquer que dans l’Occident médiéval « la limite n’était décidément pas nette entre hagiographie et histoire » et que « tout le Moyen Age admettait ainsi les rapports privilégiés que la religion avait tissés entre » l’une et l’autre.

[27] P.-A. Sigal, « Le travail des hagiographes aux XIe et XIIe siècles… », p. 150

[28] Dom J. Dubois et J.-L. Lemaître, Sources et méthodes de l’hagiographie médiévale, p. 247.

[29] Comme signalé à la n. 11, nous revenons spécifiquement sur ces différents aspects de la question dans le chapitre intitulé « Reliques et lieux de culte ».

[30] 1i (texte M)

[31] 1i (texte M).

[32] 1k (texte C1)

[33] « L’histoire de Cornouaille… », p. 17, n. 3

[34] B. Tanguy, Saint Hervé, p. 33.

[35] Dom F. Plaine, « Vita sancti Melori », p. 166 ; « Le martyr breton S. Melor… », passim ; « Vie de saint Méloir », passim. — Contra, voir A. Oheix, « L’histoire de Cornouaille… », p. 17-18.

[i] Partes corporum preciosorum Melorii et Tremori (R. Merlet, « Les origines… de Saint-Magloire de Paris », p. 246) ; parte preciosorum corporum Melorii et Tremorii (H. Guillotel, « L’exode du clergé breton… », p. 312).

[36] En Bretagne le culte d’au moins deux saints de ce nom paraît déjà établi à la fin du IXe siècle : celui de Melar martyr, dont le nom figure, associé à celui de saint Budcat, sur un calendrier breton attribué à cette époque, dans le ms. Angers 477 (ancien 461), f. 30 v°-36 v° (au f. 35 : Passio Melori et Budcati) ; mais cette datation n’est pas absolument assurée et reste discutée (J. C. Poulin, « Les dossiers de S. Magloire de Dol et de S. Malo d’Alet… », p. 181, n. 30). Celui de Melar évêque, honoré notamment à l’abbaye de Redon : voir A. de Courson, Cartulaire de Redon, p. 47, ch. n° 59 du 18 février 849 (ad monasterium Sancti Salvatoris quod vocatur Roton, ubi pretiosa corpora sanctorum Marcellini, Ypotemi, Melori hoc est) ; p. 218, ch. n° 269 du 28 décembre 878 (ad monasterium Sancti Salvatoris quod vocatur Roton ubi requiescunt corpora sanctorum Marcellini pape, at Ypothemii necnon et sancti Melorii episcopi ) ; p. 368, ch. n° 306 du 3 mars 852 (et monasterio in quo requiescunt preciosa corpora ss Marcellini, Ypotemii, Melori).

[37] H. Guillotel, « L’exode du clergé breton… », p. 306-307. — Même si, avec sa rigueur, sa prudence et sa sagacité habituelles, H. Guillotel conclut, de l’examen (p. 288-300) de ce texte, à la fiabilité globale du récit transmis par la Translatio sancti Maglorii, il ne peut être question de postuler la fidélité absolue à un modèle plus ancien.

[38] L. Auvray, « Documents parisiens tirés de la bibliothèque du Vatican (VIIe-XIIIe siècles) » [« 7. Catalogue des reliques de Saint-Magloire »], dans Mémoires de la société de l’histoire de Paris, t. 19 (1892), p. 27.

[39] La vénération dont était l’objet le jeune prince martyr à Meaux dès la fin du XIIe siècle découle évidemment de la présence sur place de ses reliques à la suite d’un nouveau transfert, soit à partir de Lanmeur, chef-lieu de son culte, soit à partir de Saint-Magloire de Paris (voir au chapitre « Reliques et lieux de culte »).

[40] Comme le souligne B. Merdrignac, « Saint Ronan et sa Vie latine », p. 128, à propos de l’auteur de la Vita Ronani, l’hagiographe « n’a aucune raison de ne pas rapporter les informations historiques qu’il a pu recueillir sur son héros. Mais celles-ci n’ont d’intérêt pour son propos que transcrites dans un mode d’expression folklorique selon lequel la personnalité de Ronan se conforme à un archétype ». — Parmi ces pèlerins, il y eut vraisemblablement des clercs qui venaient en ce lieu consulter la *vita et son appendix pour faire connaître l’ensemble du récit mélarien dans les autres lieux du culte du saint ; mais en tout cas le ms. qui contenait l’ensemble a disparu assez précocement de Lanmeur, peut-être emporté par un copiste indélicat ou détruit accidentellement.

[41] 1f : Tunc ejus nutrix celeriter cum eo fugit usque in Domnoniam, in pago Castelli, in castellum quod vocatur Boxidus ubi erat amita vel matertera illius filia Fortunati cum Commoro comite ; ibique ab eo et a conjuge sive a familia cum honore est susceptus letatusque est in adventu et obviatione illius, et cum gaudio dixit ad eum : « dabo tibi pagum castri ubi sum usque sis vir magnus ad nutriendum te » (texte P). — Nutrix autem ejus verens ne innocens a nocentibus occideretur, interim dum conjux ejus apud Rivoldum [un mot partiellement illisible : …retur], de Cornubia cum alumno suo in Dompnoniam fugit, ubi ejus amita filia Budici cum Commoro comite viro suo morabatur in pago castelli sui quod Bocidus appellatur. In adventu vero illius Commorus comes et uxor ejus et ejus omnis familia valde laetati sunt ; et congratulans adventui ejus Commorus comes dixit ei : « castellum istud in quo nunc habito tibi dabo et donec ad maturam pervenias aetatem cum diligentia magna nutriri te faciam » (texte M).

[42] J.-C. Cassard, « Houel, comte de Cornouaille », p. 108.

[43] J.-C. Cassard, « Houel, comte de Cornouaille », p. 102 et n. 23.

[44] J. Quaghebeur, « Pouvoir politique en Cornouaille au XIe siècle », p. 8.

[45] L. Maître et P. de Berthou, Cartulaire de Quimperlé, p. 222, ch. n° 75 (Hoel dux Britannie en 1075), p. 191, ch. n° 54 (Hoel gratia Dei comes Britannie en 1069), p. 188, ch. n° 52 (Hoel Britannorum consul en 1069). — J.-C. Cassard, « Houel, comte de Cornouaille », p. 107, souligne avec raison combien la qualité de consul était « prisée dans la maison de Cornouaille, mais pas exclusivement puisqu’on la retrouve volontiers affichée en Anjou ».

[46] J.-C. Cassard, « Houel, comte de Cornouaille », p. 103.

[47] Sur les Eudonides voir la mise au point de H. Guillotel, « Les origines de Guingamp… », particulièrement p. 93-100 ; il n’est pas prouvé que la femme d’Eudon, Orguen alias Agnès, ait été la soeur d’Alain Caignard et donc la tante de Hoël.

[48] P. Peyron, Cartulaire de Quimper, p. 37, acte n° 13 (postérieur à 1066 ; rapporte des événements antérieurs à 1058) ; L. Maître et P. de Berthou, Cartulaire de Quimperlé, p. 137, ch. n° 3 et p. 147-148, ch. n° 9. La datation de ces deux pièces par leurs éditeurs, respectivement 1030-1031 et 1031-1055 a été rectifiée par H. Guillotel, « Les vicomtes de Léon aux XIe et XIIe siècles », qui propose entre 1046 et 1055 pour la ch. n° 3 (art. cit., p. 34-35, et n. 30à 32) et entre 1047 et 1055 pour la ch. n°9 (art. cit., p. 35 et n. 33).

[49] L. Maître et P. de Berthou, Cartulaire de Quimperlé, p. 191-192, ch. n° 54. — Comme en ce qui concerne la maison de Dinan (cf. L. Massignon, La crypte-dolmen des Sept Saints Dormants d’Ephèse au Stiffel en Plouaret, puis Vieux-Marché, tiré-à-part des MSECDN, 1992, p. 30), le nom Roland a pu être introduit dans celle de Léon sous l’influence de l’abbaye de Marmoutier ; d’ailleurs des liens ont été tissés dès vers 1034-1040 entre les vicomtes de Léon et Marmoutier et renforcés en 1128 par une nouvelle donation vicomtale à l’abbaye tourangelle (B. Tanguy, Saint Hervé, p. 25). — H. Guillotel, « Les vicomtes de Léon aux XIe et XIIe siècles », p. 35, ne relève pas le nom de Roland et se contente d’indiquer que la charte en question « signale simplement la présence de primates originaires du Léon dans l’entourage du comte » ; J.-C. Cassard, « Houel, comte de Cornouaille », p. 114, qui s’appuie sur cet article de H. Guillotel, en conclut un peu rapidement que « Hoël essaye également de débaucher des seigneurs du confins du Vannetais et du Léon, ce qui n’empêche pas les vicomtes de cette dernière région d’affirmer leur complète indépendance ».

[i] Lais de Marie de France traduits, présentés et annotés par Laurence Harf-Lancner, 2e éd., Paris, 1992, p. 28, v. 51-52. — Le témoignage de Marie de France est d’autant plus intéressant qu’un auteur a récemment proposé d’identifier Marie de France avec Marie, comtesse de Boulogne, qui fut mariée à Mathieu de Flandres et dont la sœur avait elle-même épousé Hervé, comte de Léon, de la famille de Guiomarch/Guigemar : voir Glyn S. Burgess and Keith Busby [éd.], The lais of Marie de France, s.l. [Londres], s.d. [1986], p. 19. Déjà en 1930, E. Hoepffner, dans Romania, t. 56, p. 16 et n. 3 même page, avait souligné que le récit des rapports entre une fée et un mortel, qui constitue la matière de la première partie de Guigemar (v. 1-534), repose « sur la tradition légendaire par laquelle une famille seigneuriale [celle des vicomtes de Léon] s’attribuait une origine surnaturelle ».

[50] Ces détails de la vie de Guiomarch de Léon nous ont été transmis par Dom Morice d’après les travaux antérieurs de Du Paz et Missirien : cf. vicomte Urvoy de Portzamparc, Généalogie de la maison de Trogoff, Vannes, 1900, p. 27-38, et R. Couffon, « Note sur la généalogie des seigneurs de Léon par le P. Du Paz », dans BSAF, t. 62 (1935), p. xli-xliv. Le Chronicon Britannicum (publié par Dom H. Morice, Preuves de l’histoire de Bretagne, t. 1, col. 5) est beaucoup plus laconique : MCIII. Occisus est Guichomarius vicecomes Leonensium dolo. — Dans L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, n° 456 (avril 1989), col. 395, J.-P. Guyomarc’h-Zoleski écrit, d’après des sources rapportées en vrac dans la même revue, n° 465 (février 1990), col. 126-129, que Guiomarch, à l’occasion de sa participation à la première Croisade, « se distingue dans le désert syrien où il est fait prisonnier par l’émir Balak de Kharput. D’une femme de celui-ci, la princesse mède Fathim, il aura un fils Salomon. Trois enfants connus. Il meurt assassiné lors d’une révolte populaire en 1103 ».

[51] J.-C. Cassard « Houel, comte de Cornouaille », p. 115.

[52] En dehors des témoignages diplomatiques ou annalistiques, deux autres témoignages sont particulièrement intéressants parce qu’ils paraissent se rapporter à des événements situés en Bretagne septentrionale. Le premier témoignage est dans la lectio Va de la vita Ia de saint Maudez (A. de La Borderie, « Vies anciennes de saint Maudez », p. 204-205) : « Hoël encercle si bien des vassaux révoltés qu’ils ne peuvent assurer leur salut par la fuite et souffrent bientôt de la soif. Ils décident d’envoyer un écuyer puiser de l’eau à la fontaine de Saint-Maudez, mais l’homme endure des maux indicibles en portant sa charge au retour, car l’eau froide se réchauffe au point de lui paraître transformée en charbons ardents. Comprenant sa faute, il ramène alors le vase et son contenu à la fontaine ». La fontaine Saint-Maudez que J.-C. Cassard, « Houel, comte de Cornouaille », p. 116, auquel nous empruntons le résumé ci-devant, situe apparemment en Cornouaille, doit être en réalité localisée à proximité de Trévénou en Langoat, actuelle commune des Côtes-d’Armor, dans l’ancien évêché de Tréguier ; cette fontaine était d’ailleurs coutumière du phénomène de réchauffement de son eau (lectio VIIIa de la même vita de saint Maudez, A. de La Borderie, « Vies anciennes de saint Maudez », p. 207-208). — L’autre témoignage paraît pouvoir être extrait de ce qu’écrit Marie de France dans son lai de Guigemar : après avoir rappelé en cel tens tint Hoels la terre / sovent en pais, sovent en guerre, le récit fait longuement état de la guerre qui oppose Guigemar, fils du sire de Liün (= Guiomarch de Léon), vassal fidèle de Hoël, à un seigneur nommé Meriadu (= Meriadec) d’abord présenté comme un allié de Guigemar et dont le chastel vaillant e fort domine un port (Lais de Marie de France traduits, présentés et annotés par Laurence Harf-Lancner, 2e éd., Paris, 1992, p. 28 et 60-71) : c’est précisément la situation du castrum Meriadoci d’après l’hagiographe de saint Goëznou (A. de La Borderie, « Vie inédite de saint Goëznou », p. 228), à l’embouchure du fleuve Guilidona (= le Guiliec) dans la paroisse léonarde de Plougoulm, actuelle commune du Finistère.

[53] Le souvenir confus de ces événements a été conservé par Le Baud, Cronicques des Roys, Ducs et Princes de Bretaigne…, p. 150, qui le rapporte à l’époque du conflit supposé entre Eudes et son frère le duc Alain III. A. de La Borderie dans son Histoire de Bretagne, t. 3, p. 10-12 en a déduit que la châtellenie de Lanmeur avait été donnée au vicomte de Léon par Alain III en remerciement de son aide contre Eudes en 1034 : c’est trop tôt de près de quarante ans.

[54] 1b (texte P). — L’allusion à une source orale est d’ailleurs explicite en 1d à l’occasion du récit du ’miracle des noix’ (sicut a fidelibus est relatum dit le texte P dont l’auteur visiblement abrège le texte qu’il copie ; sicut relatum a veteranis comperimus dit le texte M, dont la formulation est sans doute plus proche en l’occurrence de l’archétype).

[55] A. Oheix, « L’histoire de Cornouaille… », p.19. — La liste des membres de cette dynastie qui est dressée dans le cartulaire de Landévennec (et reproduite postérieurement par les auteurs de ceux de Quimperlé et de Quimper) a été établie entre 1058 et 1084 ; il est donc possible qu’elle soit plus tardive que la *vita Ia de saint Melar (entre 1066 et 1084).

[56] Dom M. Simon, « Les hagiographes de Landévennec… », p. 186. — Mais il est clair que le traitement hagiographique du personnage de Gradlon [Meur] dont témoignent la vita Ia de saint Turiau et les vitae de saint Gurthiern, de saint Jacut, de saint Ronan, de saint Corentin, est assez tardif (du XIe au XIIIe siècle). Il en est de même pour son traitement historiographique par l’auteur de la Chronique de Dol qui travaille entre 1076 et 1080 (F. Duine, La Métropole de Bretagne, p. 39) et, à la charnière des XIVe et XVe siècles, par le chroniqueur anonyme de Saint-Brieuc, lequel d’ailleurs plagie en l’occurrence la vita de saint Corentin (Chronique de Saint-Brieuc, p. 136-139). Egalement tardif enfin son traitement littéraire par Chrétien de Troyes qui le désigne Graislemiers de Fine Posterne dans Erec et Enide, v. 1948 (édition par J.-M. Fritz, dans Chrétien de Troyes, Romans, s.l. [Paris], 1994, p. 122) ; et par l’auteur anonyme qui le désigne Graalent Muer et Graalent Mor dans le lai de Graelent, v. 8 et 732 (édition par A. Micha, dans Lais féeriques des XIIe et XIIIe siècles, s.l. [Paris], 1992, p. 20).

[57] F. Lot, Mélanges d’histoire bretonne, p. 121-135.

[58] A. Oheix, « L’histoire de Cornouaille… », p. 16-21.

[59] F. Dolbeau, M. Heinzelmann et J.-C. Poulin, « Les SHG », p. 707.

[60] J.-C. Poulin, « Les dossiers de S. Magloire de Dol et de S. Malo d’Alet… », p. 160-185.

[61] J.-C. Poulin, « Les dossiers de S. Magloire de Dol et de S. Malo d’Alet… », p. 175 (la référence se rapporte à A. Oheix, « L’histoire de Cornouaille… », p. 18). — Nous ne revenons pas sur ce qui est désormais connu et définitivement acquis quant à Bili et à son œuvre hagiographique : le point sur ces questions est dans J.-C. Poulin, « Les dossiers de S. Magloire de Dol et de S. Malo d’Alet… », p. 168-178. — L’édition très novatrice de Gw. Le Duc fait accompagner le texte de Bili d’une version en anglo-saxon ancien et d’une traduction française (Gw. Le Duc, Vie de saint Malo… par le diacre Bili) ; comme nous l’avons déjà signalé, cette édition a fait l’objet d’une recension par F. Dolbeau dans Anal. Boll., t. 101 (1983), p. 194-196.

[62] L’antériorité de la vita anonyme sur celle écrite par Bili a été l’objet de discussions qui n’ont pas encore permis de trancher : cf. A. Poncelet, « une source de la Vie de saint Malo par Bili » dans Anal. Boll.,t. 24 (1905), p. 483-486 ; B. Merdrignac, Recherches sur l’hagiographie armoricaine…, t. 1, p. 35-36 et 48. — Une autre hypothèse est de considérer que la vita par Bili et la vita anonyme ont été écrites d’après une *vita primigenia (perdue) de saint Malo à laquelle l’anonyme est resté le plus fidèle, ce que démontrerait sa concision (B. Merdrignac, Recherches sur l’hagiographie armoricaine…, t. 2, p. 29). — J.-C. Poulin, « Les dossiers de S. Magloire de Dol et de S. Malo d’Alet… », p. 164 et 174 conclut à l’antériorité de la vita anonyma brevior sur la vita par Bili et à la dépendance de cette dernière à l’égard du texte court ; il conclut par ailleurs à la postériorité de la vita anonyma longior, même si « cette version longue ne trahit aucun contact avec la composition de Bili ; elle n’est liée qu’à la Vie anonyme brève. Il se pourrait donc à la limite qu’elle soit antérieure à la biographie du diacre d’Alet » (J.-C. Poulin, « Les dossiers de S. Magloire de Dol et de S. Malo d’Alet… », p. 180).

[63] F. Lot, Mélanges d’histoire bretonne, p. 122-123.

[64] F. Lot, Mélanges d’histoire bretonne, p. 130. — Pour F. Lot cette source était évidemment la *vita de saint Melar comme le révèle son lapsus à la n. 1 de la p. 131. — J.-C. Poulin, « Les dossiers de S. Magloire de Dol et de S. Malo d’Alet… », p. 175 ne retient pas « la dépendance de Bili (2g, chap. 50) par rapport à la Vita s. Mevenni (BHL 5944) que propose Lot 1907, 130, n. 1 » (Cette référence se rapporte à F. Lot, Mélanges d’histoire bretonne, p. 130, n. 1).

[65] F. Lot, Mélanges d’histoire bretonne, p. 128.

[66] F. Lot, Mélanges d’histoire bretonne, p. 126.

[67] Mgr Duchesne, « la Vie de saint Malo. Étude critique » dans RC, t. 11 (1890), p. 15-17. — F. Lot, Mélanges d’histoire bretonne, p. 126-127. — A. Chédeville, « La Bretagne du Ve au VIIIe siècle », p. 142.

[68] « Cette parenté me paraît avoir été imaginée après coup ou plutôt suggérée par le voisinage des deux monastères de Dol et d’Alet » (Mgr Duchesne, article cité à la n. précédente, p. 17).

[69] H. Guillotel, « la Bretagne des rois », dans La Bretagne des saints et des rois, Rennes, 1984, p. 268, 304 et 310. — La date de 865 est supposée par cet auteur à partir d’arguments qui ne sont pas définitifs. — Le nom de l’évêque en question s’est orthographié de différentes manières : la forme *Jarnobrius a l’avantage de rendre compte du vieux-breton Jarnhobri comme l’a montré B. Tanguy.

[70] H. Guillotel, ouvrage cité à la n. précédente, p. 309, 310 et 349.

[71] Le machtiern de la paroisse de Guillac était depuis 858 un certain Deurhoiarn : il faut reconnaître dans le suffixe hoiarn le mot breton qui désigne le fer ; mais ce mot a passé rapidement en surnom et les porteurs des anthroponymes Budhoiarn et Deurhoiarn étaient peut-être issus d’un ancêtre commun dont le nom comportait ce mot hoiarn en position proclitique (exemple : l’anthroponyme Hoiarnscoet).

[72] « Au début de la seconde moitié du IXe siècle, si l’on interprète correctement le vivant témoignage de Bili, dans le chapitre qui clôt sa Vita de saint Malo, les clergés des évêchés d’Alet et de Léon (qui sont peut-être alors encore mitoyens) entretiennent des relations cordiales qui n’excluent pas une saine émulation sur les mérites respectifs des saints patrons de leurs diocèses » (B. Merdrignac, Les Vies de saints bretons…, p. 31).

[73] Un des itinéraires possibles pour se rendre de l’un à l’autre passait effectivement par Lanmeur, venant de Plestin, et se dirigeait vers l’actuel port du Dourduff en mer pour embarquer à destination du lieu-dit actuel Saint-Julien, sur la rive gauche de l’estuaire de la rivière de Morlaix. Cet itinéraire à la fois terrestre et maritime correspondait à la desserte routière de la côte domnonéenne.

[74] C’était l’opinion d’A. Oheix, « L’histoire de Cornouaille… », p. 18-19 et p. 19, n. 1, qui s’appuyait explicitement sur F. Lot, Mélanges d’histoire bretonne, p. 123, n. 2, et p. 132, n. 4, sans signaler la contradiction entre les deux notes en question ; en effet Lot souligne dans la première que la *vita de saint Melar « ne saurait être antérieure au règne de Nominoë (…)… mais se placer vers le XIe siècle au plus tôt », alors que la seconde note indique que cette même *vita fut « peut-être utilisée par Bili ». — S’il avait mieux connu le dossier littéraire de saint Melar, Lot eût été sans doute mieux à même de résoudre cette contradiction : l’anecdote relative à Corsold le « chef » (dux) des Frisons, laquelle le fait incliner à la datation basse du récit rapporté par la *vita Ia, ne figurait pas dans ce dernier texte, mais seulement dans la *vita IIa ; en outre, il s’agissait peut-être pour l’hagiographe de signaler le rôle historique joué par le dux de la civitas des Coriosolites, magistrat gallo-romain de la fin du Ve siècle, devenu chez les auteurs plus tardifs un personnage mythique, personnification de la ville dont il porte le nom.

[75] Voir au chapitre « Prosopographie et anthroponymie ».

[76] A. Oheix, « L’histoire de Cornouaille… », p. 19, n. 1.

[77] L. Fleuriot, Les origines de la Bretagne, p. 240.

[78] L. Fleuriot, Les origines de la Bretagne, p. 282.

[79] Le nom de ce dernier, Chanao, ne présente pas de ressemblance avec les différentes formes de celui de Rivod. Mais peut-être que le nom même de Rivod n’était à l’origine qu’un surnom de dignitaire, avec le préfixe britonnique ancien ri, « roi », qu’on aura interprété comme le nom propre de Chanao ? Voir au chapitre « Prosopographie et anthroponymie ».

[80] Compte tenu du caractère circonstanciel de la *vita Ia, il est très vraisemblable que l’exemplaire original était originellement conservé à Lanmeur ; mais il a très tôt disparu de ce lieu, peut-être dès l’époque de composition de la *vita IIa.

[81] Ce ms. aujourd’hui disparu existait encore en 1663 mais en très mauvais état (voir dans la première partie, au chapitre intitulé « Les éléments du dossier », le § 1 consacré à l’inventaire des mss.)

[82] A. Carrée et B. Merdrignac, La Vie latine de saint Lunaire…, p. 27.

[83] Certains des noms propres dans le libellus devaient être assez difficiles à lire, en particulier celui du grand-père paternel de Melar, transcrit Ninocus dans P et Wivocus dans S ; il doit s’agir de *Winocus. En vertu de ce qu’il est toujours plus facile de lire dans un ms. ce que l’on a décidé d’y trouver que de déchiffrer la leçon exacte, le copiste médiéval qui a produit le ms. conservé à l’abbaye de Châge avait en son temps substitué le nom Judocus à la place de *Winocus : on sait que les chanoines du lieu se flattaient de posséder entres autres reliques celles de saint Judoc dont ils connaissaient l’appartenance à la dynastie de Domnonée ; c’est une forme apparentée du nom de ce dernier (Judec) qui figure également dans la Vie rimée en anglo-normand. Le nom du grand-père maternel de Melar ne figure pas dans les textes T, C et M, non plus que dans le texte D. — Par ailleurs, le nom du grand-père paternel de Melar est incontestablement Fortunatus dans P et S ; or le ms. de Châge et le texte M, mais aussi la Vie rimée en anglo-normand, lui donnent le nom de Budic(h)(us) qui ne peut être expliqué cette fois par une lecture fautive : il s’agit d’une indication empruntée à la tradition mélarienne issue de la *vita IIa, que l’on retrouve donc dans le texte D, et qui a passé dans les textes que nous venons de mentionner. Le nom du grand-père paternel de Melar ne figure pas dans les textes T et C. — Toutes ces constatations confirment que le ms. probablement insulaire de la *vita Ia dont s’est inspiré l’auteur de la Vie rimée en anglo-normand contenait un texte dont les formes anthroponymiques étaient les mêmes que celles du texte contenu dans le ms. conservé à Châge.

[84] Exemples en 1d : utilisation préférentielle des verbes alo et cerno en lieu et place de nutrio et video ; emploi d’adjectifs tel hymnidicus, ou encore aestualis, ce dernier forgé d’après aestus et qui, d’après le P. Grosjean que cite G.H. Doble (Saints of Cornwall, 4e partie, 2e éd., Truro, 1965, p. 65), appartient également au vocabulaire assez spécifique de Caradoc de Llancarfan. — La nature des mss conservés, comme nous l’avons expliqué en introduction à l’édition des textes mélariens, nous empêche d’entreprendre une véritable démarche comparative et en particulier de l’étendre à des considérations orthographiques : ainsi le texte P porte maxa et hylaris quand M a massa et hilaris, etc. Mais en l’absence de plusieurs témoins pour chacun de ces textes, il nous est impossible de donner un avis motivé sur ces variantes.

[85] Comparer en 1d : a nutritore suo ac bajulo aleretur nomine Cerialtavo et educaretur (texte P) et : a nutritore suo Cerialtano nomine nutriretur (texte M) ; en 1f : in pago Castelli, in castellum quod vocatur Boxidus (texte P) et : in pago castelli sui quod Bocidus appellatur (texte M).

[86] Quel que soit le cas de figure retenu, il faut revenir sur la substitution en 1f de la formule in pago castelli sui quod Bocidus appellatur (texte M) à in pago Castelli, in castellum quod vocatur Boxidus (texte P) : le copiste meldois, qu’il s’agisse du copiste médiéval ou du copiste tardif, n’a pas compris que la formule, qui sans nul doute figurait dans le texte original de la *vita Ia et que nous a transmise le texte P, ne constituait en aucune manière un effet de style, mais permettait la localisation précise du « château » de Beuzit dans le Poucastel, à l’ouest du Trégor.

[87] En 1d : le mot lucus — employé dans le sens classique « bois sacré », pour désigner un avatar du nemeton celtique, comme le suggère B. Merdrignac, Recherches sur l’hagiographie armoricaine…, t. 1, p. 181 ? — en lieu et place de locum dans le texte M.

[88] En 1f : la formule « vade, confirma contra eum consilium tuum » — avec contra contaminé par la préposition bretonne ouzh comme le suggère B. Merdrignac, Recherches sur l’hagiographie armoricaine…, t. 1, 183-184 ? — en lieu et place de « vade, et prout tibi competentius videtur, pactum rei hujus cum Rivaldo confirma » dans le texte M.

[i] Rivoldus (texte S), Cerialtanus (textes P et S), Boxidus, mons Coci (texte P). — Comme nous l’avons déjà souligné (cf. supra n. 85), les substitutions dont les noms des deux grands pères de Melar ont fait l’objet dans les textes qui nous ont été conservés constituaient sans doute les seules différences notables entre le texte meldois de la *vita Ia produit par le copiste médiéval (et qui nous a été transmis partiellement par C et M), et celui contenu dans le libellus (et qui nous a été transmis partiellement par P et S).

[89] 4a à 4k (texte T).

[90] Cf. supra n. 83.

[91] Au moins une de ces lacunes peut être repérée à la fin du § 1f.

[i] Bocidus et surtout mons Scoci dans le texte M au lieu de Boxidus et mons Coci dans le texte P ; ces dernières formes figurent pourtant dans le texte C1, ce qui permet de supposer que le copiste de ce dernier texte les avait effectivement trouvé dans le ms. médiéval de la vita Ia et de son appendix conservé à Châge (cf. supra n. 91).

[92] Le terminus ad quem de cette dernière opération doit pouvoir être fixé à la fin du XIIIe ou au tout début du XIVe siècle : la leçon Judocus contenue dans ce ms. était connue également de l’auteur de la Vie rimée en anglo-normand, lequel écrit au milieu ou dans la seconde moitié de ce siècle (A.H. Diverres, « The Life of Saint Melor », p. 41) ; or comme il est probable que l’auteur de la Vie rimée avait emprunté cette leçon au ms. de la *vita Ia conservé à Amesbury et également consulté par Jean de Tynemouth, il faut faire remonter assez largement avant le second quart du XIVe siècle le terminus ad quem de la substitution Judocus/*Winocus dans le ms. de l’abbaye de Châge. Son terminus a quo ne peut être antérieur à la substitution Fortunatus/Budicus, laquelle est, comme nous le verrons, le fait de l’auteur de la *vita IIa qui travaillait au début du XIIIe siècle.

[93] En particulier la forme Melarius du nom du saint qui ne se retrouve précisément que dans la *legenda et dans le calendrier du bréviaire de Léon — toutes les autres pièces du dossier hagiographique mélarien donnant les formes Melorus ou Melorius — et qui correspond à Melar, forme actuelle la plus représentée en Trégor et en Léon.

[94] Sur Dom Denis Briant, voir A. de La Borderie, La correspondance historique des bénédictins bretons, Paris, 1880, en particulier p. xxxv-xxxvii et 150-163.

[95] Cette opinion est celle d’A. de La Borderie qui l’a rapportée en commentaire de sa propre copie du texte D, aujourd’hui conservée à Rennes, Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 1 F 378.

[96] Les pérégrinations archéologiques du P. Du Paz ont été étudiées par A. Bourdeaut, « Le P. Du Paz et l’Histoire généalogique de Bretagne », dans MSHAB, t. 2 (1921), p. 125-148. — Jusqu’en 1600, le savant dominicain « avait recueilli une foule de documents épars, un peu au hasard, suivant l’occurrence des Carêmes et des Avents qu’il prêchait. » A partir de cette date, il devient pour de nombreuses années l’archiviste itinérant de la puissante maison de Montmorency-Laval : on le retrouve à Châteaubriant, Pouancé, La Guerche, Martigné-Ferchaud, Derval, Béré, Melleray, Machecoul. En 1606, il est à Clisson ; puis il séjourne à Nantes et à Rennes. En 1614 il est à Dol, puis à Dinan. En 1618 il se rend à Paris et fait étape successivement au château du Verger, près d’Angers, et à l’abbaye de Saint-Pierre-en-Vallée, près Chartres ; le retour en Bretagne se fait par l’abbaye de Marmoutier, celle de Saint-Florent de Saumur, puis celle de Fontevraud, avant de regagner Angers et les abbayes de Saint-Aubin, de Saint-Serge et de Saint-Nicolas. En tous ces divers lieux, il n’a jamais cessé de collecter et de collationner des documents d’archives. Enfin de retour à Rennes, il dut bientôt quitter son couvent de Bonne-Nouvelle pour aller s’installer dès la fin de 1619 au couvent non réformé de Quimperlé ; on peut imaginer qu’il profita de son exil en Basse-Bretagne pour effectuer de nombreuses excursions archéologiques et archivistiques : ainsi nous savons qu’il est allé à Rosmadec, près Crozon, ainsi qu’à Quimper, Landévennec et Daoulas comme l’a montré R. Couffon dans BSAF, t. 62 (1935), p. xliv.

[97] Sur ce manuscrit on consultera :

- A. de La Borderie, dans BEC, t. 30 (1863-1864), n. 3 p. 403.

- A. de La Borderie, « Vie inédite de saint Goëznou », p. 226-227.

- Introduction à la Chronique de Nantes par R. Merlet, Paris, 1896, en particulier p. xiii et xxi-xxii. (Merlet différenciait le manuscrit alors possédé par La Borderie de celui utilisé aux XVIIe-XVIIIe siècles par les bénédictins bretons).

- C. Sterckx et Gw. Le Duc, « Fragments inédits de la Vie de saint Goëznou », p. 278-279. (Pour C. Sterckx et Gw. le Duc, les auteurs de cet article, il y a identité entre le manuscrit autrefois possédé par La Borderie et la collection utilisée avant lui par les bénédictins bretons).

- Gw. Le Duc, « L’Historia Britannica avant Geoffroy de Monmouth » dans AB, t. 79 (1972), p. 819-835, en particulier p. 819 et n. 36. (A son tour, l’auteur différencie les deux manuscrits).

- L. Fleuriot, préface à l’édition de la Chronique de Saint-Brieuc par C. Sterckx et Gw. Le Duc, t. 1, Paris-Rennes, 1972, en particulier p. 8, 10 et n. 1 p. 15.

- L. Fleuriot, Les origines de la Bretagne, p. 245-246.

[98] A. de La Borderie, « Vie inédite de saint Goëznou », p. 227.

[99] Le ms. porte quidem, faute.

[100] H. Guillotel, « A propos des cartulaires » dans Trésors des Bibliothèques de Bretagne, Saint-Brieuc, 1989, p. 39-48, en particulier p. 47 et n.1 de la même page

[101] Cette discussion de l’époque à laquelle Pierre Le Baud a constitué sa documentation n’est nullement oiseuse : en effet cet auteur a écrit deux versions assez radicalement différentes d’une histoire de la Bretagne, l’une achevée avant 1482 (date de la mort du dédicataire de l’ouvrage), l’autre avant 1505 (date de la mort de son auteur). Entretemps des lettres patentes de la reine et duchesse Anne, en date du 5 octobre 1498, avaient ordonné que fussent ouvertes à l’historien les archives du duché. La question est donc de savoir si c’est à cette occasion que Le Baud effectua le périple décrit par A. de La Borderie et dont rendrait compte la Vetus collectio. Ou bien si celle-ci témoigne au contraire que Le Baud avait déjà effectué une première collecte de documents à travers la Bretagne, après 1463, date la plus tardive qui figure à la page 163 de son cahier de notes et bien entendu avant 1482, terminus ad quem de la rédaction de sa première version ; auquel cas les archives du duché dont il est question dans les lettres patentes de 1498 sont peut-être simplement celles qui étaient conservées au château des ducs à Nantes.

[102] « Note sur un manuscrit perdu de la Vita Ronani », p. 205-207.

[103] Nous remercions infiniment Gw. Le Duc qui a bien voulu mettre à notre disposition sa propre transcription de l’extrait de la *Legenda sancti Melarii contenu dans le ms. Rennes, Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 1 F 1003, p. 47, et nous communiquer son sentiment sur sa provenance. Ce chercheur s’appuie essentiellement sur « la liste des saints aux Vies desquels Pierre Le Baud a fait des emprunts » pour conjecturer « l’origine léonarde du recueil » ; et, observant que « ces notes sont à part d’autres notes prises à Saint-Pol-de-Léon et à l’abbaye Saint-Mathieu (qui suivent immédiatement ces extraits) », il conclut que « la localisation la plus vraisemblable (sinon l’origine) du recueil est Le Folgoët, seul centre religieux restant dans ces parages susceptible de posséder un recueil d’une certaine taille, incluant les Vies de plusieurs saints locaux ». (« Note sur un manuscrit perdu de la Vita Ronani », p. 206). — Néanmoins l’hypothèse que ce texte ait plutôt fait partie d’un recueil constitué et/ou conservé à l’abbaye Saint-Mathieu-de-Fineterre, comme le pensait L. Fleuriot (Préface à l’édition de la Chronique de Saint-Brieuc, p. 8) est également très plausible.

[104] Voir le ms. Paris, Bibliothèque nationale de France, français 22321, p. 779-786 (note finale par les bénédictins bretons).

[105] Voir ce qui se rapporte aux sources des Vies des saints suivants : Guevroc, Hervé, Tenennan, Samson, Sezni, Suliau, Clair, Ursule, Goëznou, Malo, Tanguy, Guiner, dans A. Le Grand, Vies des saints de Bretagne…, passim.

[106] Ms Rennes, Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 1 F 1003, p. 51 : que secuntur reperi in abbatia sancti Mathei in finibus terre ; p. 51-52 : extraits de chartes données par les évêques et les vicomtes de Léon (1157-1391). Ajouter dans les mêmes parages géographiques l’abbaye de Daoulas (cf. ms. Rennes, Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 1 F 1003, notamment p. 187 à 197). — Il n’y a pas d’indices apparents d’un passage de Pierre Le Baud à Saint-Pol-de-Léon et sa possible étape au Folgoët n’est pas non plus expressément mentionnée : cf. Gw. Le Duc, « l’évêché mythique de Brest » dans Les débuts de l’organisation religieuse de la Bretagne armoricaine, s.l. [Landévennec], 1994 (Britannia Monastica, 3), p. 182-183

[107] L’indication sur la localisation des documents copiés par Le Baud à l’abbaye Saint-Mathieu (voir n. précédente) figure immédiatement après quelques notations sur les translations du corps de saint Matthieu (p. 50-51) qui font suite elles-mêmes aux extraits des différentes legendae des saints Ronanus, Hoarveus, Tenenannus, Suliavus, Melarius, Goeznoveus et Ilthutus (p. 46-50). L’ensemble (p. 46 à 52) est très nettement distinct de ce qui le précède (p. 26 à 46 : extraits de la Chronique de Saint-Brieuc) et de ce qui le suit (p. 52 : Hec que secuntur reperi ego in quodam antiquissimo libro abbacie de Landevennec in Cornubia ; p. 52 à 58 : extraits de la Vita Winwaloei et du Cartulaire de Landévennec).

[108] A. Le Grand, Vies des saints de Bretagne…, p. 224.

[109] H. Guillotel, « Les vicomtes de Léon… fondateurs de l’abbaye de Saint-Mathieu ? », p. 151.

[110] En toute rigueur il faut également envisager l’hypothèse assez peu probable que cette formule soit sortie de la plume du copiste d’un autre ms. connu de Dom Briant ; et que ce dernier aura utilisé, concurremment avec la transcription du P. Du Paz, pour établir sa propre copie du texte en question.

[111] Nous inclinons pour la seconde hypothèse et nous pensons que l’auteur de la *legenda a largement taillé dans les considérations relatives à la localisation et à la vénération des reliques de saint Miliau, roi et martyr. Yves Arrel nous a transmis quelques détails sur le culte du père de Melar, qui tendent à privilégier l’aspect trégorois des choses mais dont rien ne s’oppose à ce qu’ils aient été empruntés à la *vita IIa abrégée par l’auteur de la *legenda.

[112] P. Le Baud, Cronicques et Ystoires des Bretons, p. 144-145 (avecques estre en son regne soustenu grandement). Apparemment c’est la forme baculus, comme dans le texte B, qui devait figurer dans le ms. consulté par Le Baud.

[113] Dom G.-A. Lobineau, Les Vies des saints de Bretagne, p. 62 (il lui promît de le faire son grand Bailli).

[114] 1d (texte P) : [Melorius] a nutritore suo ac bajulo aleretur nomine Cerialtavo et educaretur. — Le terme bajulus n’est pas dans le texte M qui dit seulement : [Melorus] a nutritore suo Cerialtano nomine nutriretur. — A partir de la seconde moitié du XIe siècle les chartes désignent presqu’exclusivement celui qui est chargé de l’éducation du prince par les mots paedagogus, custos et magister regis (Du Cange, bajulus, § 2.) ; tandis que bajulus qualifie celui qui a la garde juridique de l’enfant mineur, particulièrement celle d’un enfant royal : ainsi (d’après Du Cange, bajulus, § 3) Baudouin de Flandres s’intitule-t-il, aux années 1060-1067, Philippi Francorum regis ejusque regni procurator et bajulus.

[i] Ante XII seculum nulla occurat mentio. Henricus II, Rex Angliae et Normaniae Dux, primus eorum [baillivi] meminit in charta 1155 (Du Cange, bajulus, § 4). — En Bretagne, sous la domination Plantegenêt effective à partir de 1171, on trouve respectivement mentionnés à la tête des baillies de Cornouaille et de Léon Henricus baillivus Cornubiae dans un acte de 1184 et, sensiblement à la même date, Derianus ballius du duc Geoffroy à Morlaix : cf. Histoire de l’abbaye de Quimperlé par Dom P. Le Duc, 1881, p. 603, et MSHAB, t. 10 (1929), acte n° 9, p. 97-98. En 1199 encore, une charte de la duchesse Constance fait allusion à Meriano filio Guihomari, baillivo meo tunc temporis de Trecorensis : cf. J. Geslin de Bourgogne et A. de Barthélemy, Anciens évêchés de Bretagne, t. 4, p. 281. Sous le règne du duc Pierre Mauclerc, les titulaires des baillies de Bretagne sont désormais qualifiés « sénéchal » plutôt que « bailli », même si l’administration ducale a pu quelquefois utiliser indistinctement les deux termes, ainsi qu’en témoignent deux mandements adressés par Mauclerc omnibus baillivis et senescallis Britannie : cf. J. Levron dans MSHAB, t. 11 (1930), p. 91 et 180 ; c’est en tout cas à partir de cette époque que, dans le vocabulaire des institutions féodales, domaniales et seigneuriales de Bretagne, le mot « bailli » ne sera pratiquement plus employé que « soit dans son sens originaire de baillistre de la terre d’un mineur, soit au sens de fermier ayant reçu une terre à bail, soit encore comme synonyme de prévôt ou de voyer » (J.-L. Montigny, Essai sur les institutions du duché de Bretagne à l’époque de Pierre Mauclerc et sur la politique de ce prince 1213-1237, Paris, 1963, p. 64). — En France, « bailli » dans le sens de délégataire de la puissance royale en matière militaire, judiciaire et financière a duré bien plus lontemps, depuis la création de la charge sous le règne de Philippe Auguste jusqu’à la fin de l’Ancien Régime ; mais à partir de la fin du Moyen-Age, l’office était devenu vénal et ne conférait plus à ses titulaires que des prérogatives honorifiques, sans pouvoir réel.

[115] Compte tenu que ces différents miracles sont également absents du texte de Grandisson et de celui d’Arrel, il nous paraît raisonnable de conjecturer qu’ils manquaient dans la *vita IIa qui a initialement servi pour compiler la *legenda. D’ailleurs l’auteur de la *vita IIa ne s’intéresse pas beaucoup aux miracles : probablement faut-il y voir une marque de son temps, sinon de son tempérament qui le porte plus volontiers vers des considérations plus historiennes (voir le chapitre « Postérité littéraire et profils d’hagiographes »).

[116] Mais dans le texte D il y a seulement l’indication : Sanctus igitur Melarius, beati Meliani martyris filius, a Rinodio comite quaesitus reperitur, necandusque septennis curiae praesentatur ; alors que Jean de Grandisson, conformément d’ailleurs à la tradition tranmise par la *vita Ia, évoque une véritable assemblée plénière (Hunc itaque Melorum scelestissimus pervasor regni fraticidaque nephandissimus Rivoldus comprehensum, deduxit inter primates in Cornubie concilium condempnandum. Erant quippe in eorum conventu episcoporum nonnulli, innumerabiles vero clerici ac ephebatorum cohortes).

[117] Les formes des noms Justan et Rivod dans le texte D sont respectivement Justinus et Rinodius (pour *Rivodius). Kerialtan n’est pas nommé et seulement désigné, comme dans le texte G, nutritor ou nutritius de Melar. Le vieux ms. de Lanmeur et Yves Arrel, Vie de saint Melaire…, passim, donnent l’un et l’autre les formes Instanus (cacographie pour Justanus), Keryoltanus et Rivodus.

[118] Vie de saint Melaire…, p. 53.

[119] A. Carrée et B. Merdrignac, La Vie latine de saint Lunaire…, p. 92.

[120] Voir au chapitre « Prosopographie et anthroponymie ».

[121] R.F.L. Le Men et E. Ernault, « Cartulaire de Landévennec », p. 576-577. — La liste des comtes de Cornouaille se retrouve également avec quelques variantes dans les cartulaires de Quimperlé et de Quimper : voir L. Maître et P. de Berthou, Cartulaire de Quimperlé, p. 89-91, P. Peyron, Cartulaire de Quimper, p. 6-7 ; une critique récente de ce document figure dans A. Chédeville, « La Bretagne du Ve au VIIIe siècle », p. 77-81. — L’orthographe que nous avons retenue est celle du cartulaire de Landévennec.

[122] A. de La Borderie, « Vies anciennes de saint Tudual », p. 88 (§ 5) ; la date de cette composition, entre 1056 et 1086, a été établie par H. Guillotel, « Le dossier hagiographique… de Tréguier », p. 220. — Le titre praefectus regis Francorum attribué à Commor se retrouve aussi plus tardivement dans la vita IIIa de saint Tugdual, voir A. de La Borderie, « Vies anciennes de saint Tudual », p. 105 (§ 18), et dans la Vita Hoarvei, voir A. de La Borderie, « Vie ancienne de saint Hervé », p. 256 (§ 2), p. 257 (§ 4) et p. 269 (§ 27). — Cf. également la Chronique de Saint-Brieuc, p. 234-235 (§ 108).

[123] Voir au chapitre « Prosopographie et anthroponymie ».

[124] Voir au chapitre « Postérité littéraire et profils d’hagiographes ».

[125] 1f (texte P) : Tunc iniquissimus ejus patruelis Rivodus, audiens famam et virtutes per illum quas operabatur Dominus Jhesus Christus, Cerialtavum invitavit nutritorem suum habuitque cum eo colloquium et dixit ei : « si alumnum tuum occideris Melorium, divicias habebis quamplurimas mecum, faciamque te tam de pecoribus quam de terris ditissimum ; et quodcumque desuper Coci montem videris dabo tibi » ; 1f (texte M) : Et exiens fama [un mot illisible] et de die in diem, sicut ipse in timore Dei crescebat, crescens, Rivoldi aures patrui ejus saepissime pulsabat, sed magis mentem ejus quam aures stimulabat. Unde tactus dolore cordis intrinsecus et praecavens ne in futurum paternus ei honor [rayé : deretur] redderetur, vocavit Cerialtanum nutritorem ejus et colloquutus cum eo dixit ei : « si alumnum tuum occidere volueris, ditabo te muneribus magnis, tam in diversorum pecorum multitudine quam in terris ; et dabo tibi quidquid de fastigio montis Scoci videre poteris ».

[126] 2c (texte D) : Eum enim procurator pontificis nutritio commendaverat in finibus regionis ; unde palam quod in nepote inchoare non audebat nisi suos offenderet, quippe cui gratia Dei pene cunctos simplicitate amabilis vitae devinciebat, clam arte perpetrare conatur subdola : sancti namque pueri nutritium invitat ad prandium ; cui cibo potuque referto multa promisit praemia daturum, ac sui insuper regni se esse bajulum, si per eum suus Melarius pateretur interitum. Ad quem respondens : « si mihi, ait, erogas ex uno Cornubiae montium quantum terrae perspiciam spatium, meisque post me perenniter filiis, excepto me consilio conjugis fisus, aggrediar quod hortaris ». — 6e (texte G)  : Cumque de Meloro tam sancta fama per vicinas quasque divulgaretur provincias et ad malivolum Rivoldum patruum ejus divertisset ; invidere cepit suo nepoti et dolo diem mortis ejus moliri. Dum vero intra se diucius volveret quomodo hoc nephas perageret, nutu stimulatus diaboli, invitavit beatissimi nutritorem Melori ut secum pranderet. Quod ipse facere, nequaquam distulit. Interea illis prandentibus, de sancto Meloro cepit habere colloquium dicens : « si perimeris clientem tuum Melorum, faciam te auri argentique ditissimum ». Hec autem dicebat quia si voluisset eum palam interimere metuebat ne sui eum milites eruerent. Ideoque clam volebat eum interfici.

[127] A.L. Poole, From Domesday Book to Magna Carta. 1087-1216, 2e éd., Oxford 1993, p.425-429.

[128] M. Powicke, « King John and Arthur of Brittany », dans The Loss of Normandy 1189-1204, Manchester 1913, p.309-328.