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Avant propos
mardi 3 juin 2025, par ,
La série conservée des comptes de la châtellenie de Plancoët est comprise entre le premier quart du XVème siècle et 1450. Tous ces comptes ou du moins ce qu’il en reste, sont référencés dans la liasse 1 E-177 des Archives départementales des Côtes-d’Armor.
Le temps et les aléas de l’histoire ont fait que beaucoup de ces comptes disparurent, aussi, pour la période de référence citée, il s’en est suivi de nombreuses lacunes.
Les comptes de Plancoët du premier quart du XVème siècle évoquent sans cesse comme référence, en notes marginales, les écrits de Tiphaine du Guesclin [1], mention faisant référence aux derniers comptes pour Plancoët réalisés au nom de cette dame.
Avant 1406, la seigneurie de Plancoët appartenait à Tiphaine du Guesclin dame du Plessix-Bertrand et mariée à Pierre Tournemine. Le 7 novembre de la même année 1406, elle vendit celle-ci à Margot de Clisson comtesse de Penthièvre, de Limoges et d’Avaugour et épouse du comte Jean de Blois ; la vente, consentie pour 26 000 écus d’or excluait la seigneurie de Saint-Denoual [2]. Paradoxalement, le 3 juillet 1414, la dame du Guesclin effectua un échange avec le duc Jean V, de cette même terre de Plancoët, Monbran, « la Motte ès Monfortins [3] » et de Saint-Enogat, avec la seigneurie de Pontcallec ! Ainsi, singulièrement, cette dame du Guesclin vendit en 1406 et en 1414 la terre de Plancoët. On ne peut cependant guère douter que ce fut la même personne puisqu’en 1406, elle était femme de Pierre Tournemine et en 1414 veuve de Pierre Tournemine [4]. Tiphaine du Guesclin dame de Saint-Denoual décéda le 20 janvier 1418 (n. st.) [5]. Par lettres ducales du 4 octobre 1420, Jean V confirmait à Robert de Dinan, par un acte d’échange-récompense, la cession faite par Roland, frère aîné de ce dernier, des villes, château et châtellenie de Moncontour. En vertu de cette cession, la récompense devait être faite par moitié entre le duc et Olivier de Blois mais du fait de la confiscation opérée sur cette famille, cette dernière en fut dépossédée aussi le duc s’obligeait à procurer à Robert de Dinan, une rente perpétuelle et héréditaire, compensatoire, de 1 200 livres. Compte tenu de la valeur de Moncontour estimée supérieure, les parties se mirent d’accord à ce que le duc lui assigna les terres et seigneuries de Plancoët, Plédéliac, Saint-Enogat, la Motte aux Monfortins et Monbran avec « tous les droits, causes, raisons et actions que le duc y avait sans comprendre en cette baillée 100 livres de rente que Jehan seigneur de la Hunaudaye devait avoir et lui être assise ès dites terres [6] ». Aussi, dès le 20 mars 1423 (n. st.), par lettres ducales, les receveurs de Dinan et de Plancoët furent invités à rendre leurs comptes à Robert de Dinan-Châteaubriant [7]. Cependant, suite à cet échange, Robert de Dinan bénéficia du revenu de Plancoët dès le dernier compte de cette châtellenie avant la commise de 1420 [8]. En effet, il est précisé que le receveur d’alors Guillaume Grisel, rédigea son compte pour l’exercice 1419-1420, au bénéfice de « Robert seigneur de Chasteaubrient et de Montaffillent en son nom et comme curateur de feu le sire de Chasteaubrient son frère (Roland) par vertuz des lettres et mandemens de mondit seigneur [le duc] sur la recepte de Plancouet la somme de 700 livres [9] par an », ladite somme exigible dès le 23 février de l’an 1418 (n. st.) [10].
Le premier des comptes de la seigneurie de Plancoët conservés, est celui rendu par Olivier Le Voyer, receveur de Plancoët pour le duc, pour la période du 28 juillet 1414 jusqu’au 28 novembre 1416, fin de son institution. Ce compte fut clos à Vannes le 15 décembre 1416.
Le second des comptes fut réalisé par Guillaume Grisel, receveur de Plancoët, pour le duc, des recettes et mises qu’il avait faites depuis le 17 février 1416 (1417 n. st.) [11], jusqu’au 1er mars 1418 (1419 n. st.) [12].
Le troisième compte fut également rendu par ce même Guillaume Grisel, receveur de Plancoët, pour le duc, pour la période du 1er mars 1418 (1419 n. st.) [13], jusqu’au 13 février 1419 (1420 n st.). Il sera le dernier compte rendu au duc car une partie de celui-ci concerne le sire de Châteaubriant, Robert de Dinan. En effet, comme nous l’avons vu, par lettres ducales du 4 octobre 1420, Jean V confirmait à Robert de Dinan, par un acte d’échange-récompense, la cession faite par Roland, frère aîné de ce dernier, des villes, château et châtellenie de Moncontour au profit de la seigneurie de Plancoët [14].
Le quatrième compte fut fourni également par Guillaume Grisel, receveur de Plancoët pour Robert de Dinan seigneur de Châteaubriant, de Montafilant et de Plancoët. Ce compte débuta le 1er mars 1420 [15] et finit le 23ème jour de mars 1421, jour de Pâques. Il s’agit du premier compte rendu au nom des Dinan.
Puis il en suivit une longue période de carence quant à la conservation des comptes de la maison de Dinan. En effet, nous trouvons seulement trois fragments de comptes qui se suivent et deux apurements du dernier :
Tout d’abord, il faut noter le premier compte conservé de Roland Martin, receveur de Plancoët pour Gilles de Bretagne, seigneur de Châteaubriant, Montafilant et Beaumanoir au nom et comme époux de Françoise de Dinan. Concernant ce compte, il ne subsiste que deux feuillets en très mauvais état et il fut établi pour la période 1445-1447. Il nous apprend également que le receveur précédent était un certain Jacquet du Boisbili.
Puis suit également un deuxième compte, pour la période 1447-1449, également fourni par Roland Martin receveur pour le même. Le troisième compte fut rendu par ce même receveur [16], pour la période 1449-1450, faisant probablement suite à la mort de Gilles de Bretagne seigneur de Châteaubriant, Montafilant et Beaumanoir du fait de sa femme, assassiné le 25 avril 1450 laissant veuve Françoise de Dinan et son héritage. Concernant ce compte, il ne subsiste que 14 feuillets de parchemin en très mauvais état et 15 feuillets en bon état. Ce compte fut suivi de deux apurements réalisés en 1450 par Roland Martin.
Par la suite nous perdons la trace des comptes propres de la seigneurie de Plancoët alors qu’elle passa dans les mains de la maison de Laval puis avec les deux autres seigneuries (Châteaubriant et Montafilant), elle suivit le destin de la baronnie de la Hunaudaye par la cession de Jean de Laval à Claude d’Annebaud et Françoise Tournemine en 1541 [17]. En effet, l’acte de cession fut finalisé devant la cour de Lamballe le 1er juin 1541 [18]. La dévolution successorale fit que Plancoët passa avec les autres seigneuries de la Hunaudaye dans le giron des Rieux tout au long du XVIIIème siècle.
Tous ces comptes et leurs apurements (quand ils subsistent) ont été dépouillés de manière exhaustive, au mot près quand cela fut possible, bien qu’ils fussent parfois dans un état déplorable.
[1] Tiphaine du Guesclin fille de Pierre et de Julienne de Saint-Denoual, mariée avant 1366 avec Jean V de Beaumanoir lequel fut assassiné sur ordre de Pierre Tournemine le 14 février 1385 ; ce dernier épousa Tiphaine. Cette dame fut inhumée en la chapelle des Beaumanoir de l’église abbatiale de Saint-Magloire à Léhon.
[2] Arch. dép. des Côtes-d’Armor, 1 E-173/1.
[3] Terre située en la paroisse de Pleurtuit, aujourd’hui manoir en La Richardais (35).
[4] Arch. dép. des Côtes-d’Armor, 1 E-490, Inventaire des titres de la seigneurie de Plancoët, f° 1 et 1° ; Tiphaine du Guesclin fille de Pierre et de Julienne de Saint-Denoual, mariée avant 1366 avec Jean V de Beaumanoir lequel fut assassiné sur ordre de Pierre Tournemine le 14 février 1385 ; ce dernier épousa Tiphaine. Cette dame fut inhumée en la chapelle des Beaumanoir de l’église abbatiale de Saint-Magloire à Léhon.
[5] Arch. dép. des Côtes-d’Armor, 1 E-177, Compte de Plancoët 1419-1420, f° 20. Sur cette personne cf. la seigneurie de Saint-Denoual.
[6] Arch. dép. des Côtes-d’Armor, 1 E-1317, seigneurie de la Roche-Suhart, Lettres de Jean V attribuant à Robert de Dinan seigneur de Châteaubriant et de Beaumanoir plusieurs terres entre autres Plancoët, Plédéliac et tous droits et actions dans les paroisses de Plérin, Etables etc... pour l’indemniser de l’abandon de la châtellenie de Moncontour, copie du 3 août 1584 ; par contre dans 1 E-177, il existe une chemise du XVIIIème siècle comportant seulement le résumé de la lettre ducale mais indiquant la date du 7 octobre 1420 ! René Blanchard, Lettres et mandements du duc Jean V, 1892, tome 3, p. 35-36, acte N° 1447, se basant sur l’accord sur Monconcour, propose la date du 4 octobre 1420 par rapport à cette copie du XVIème siècle de la cote de la Roche-Suhart 1 E-1317 ainsi que par le ms 22331 (BnF). Ces lettres ont été transcrites également par dom Morice qui donne la date du 7 octobre (Preuves, II, col. 1051-1053 tandis que le ms 22319 indique le 4 novembre !
[7] Arch. dép. des Côtes-d’Armor, 1 E-490, Inventaire des titres de la seigneurie de Plancoët, f° 3.
[8] De 1414 à 1420, il fut rendu trois comptes aux yeux des comptes du duc de Bretagne, de la terre et châtellenie de Plancoët. Le dernier de ces comptes mentionne « ne compte plus ce receveur pour ce que Monseigneur bailla icelle terre et châtellenie de Plancoët en celui an au sire de Châteaubriand pour en jouir avec autres terres pour récompensation du châtel et châtellenie de Moncontour avec les levées dicelui an selon qu’il contenu ès lettres dudit sire de Châteaubriand qui sont en date du 4 octobre 1420 » ; Arch. dép. des Côtes-d’Armor, 1 E-490, Inventaire des titres de la seigneurie de Plancoët, f° 1° et 2.
[9] Selon une confession faite par Robert de Dinan le 26 février 1418 (n. st.), au nom et comme curateur de Rolland de Dinan seigneur de Beaumanoir, son frère aîné et de Charles de Dinan seigneur de Châteaubriand leur père, il était mentionné que le duc leur avait donné une rente de 700 livres monnaie sur Plancoët ; Arch. dép. des Côtes-d’Armor, 1 E-490, Inventaire des titres de la seigneurie de Plancoët, f° 2 (selon un titre de Nantes).
[10] Arch. dép. des Côtes-d’Armor, 1 E-177, Compte de Plancoët 1419-1420, f° 27 ; 1 E-490, Inventaire des titres de la seigneurie de Plancoët, f° 1°, 2 et 2° ; Cf. aussi BARTHELEMY Anatole (de), Mélanges Historiques et archéologiques sur la Bretagne, Chapitre VIII, Châtellenie de Plancoët, année 1854, p. 40-67 et Collection des Blancs-Manteaux, volume 48, tome 1, p. 70.
[11] Pour l’année 1417, le jour de Pâques étant le 11 avril.
[12] Pour l’année 1418, le jour de Pâques étant le 16 avril.
[13] Pour l’année 1419, le jour de Pâques étant le 16 avril.
[14] Arch. dép. des Côtes-d’Armor, 1 E-1317, seigneurie de la Roche-Suhart, Lettres de Jean V attribuant à Robert de Dinan seigneur de Châteaubriant et de Beaumanoir plusieurs terres entre autres Plancoët, Plédéliac et tous droits et actions dans les paroisses de Plérin, Etables etc... pour l’indemniser de l’abandon de la châtellenie de Moncontour, copie du 3 août 1584 ; par contre dans 1 E-177, il existe une chemise du XVIIIème siècle comportant seulement le résumé de la lettre ducale mais indiquant la date du 7 octobre 1420 ! René Blanchard, Lettres et mandements du duc Jean V, 1892, tome 3, p. 35-36, acte N° 1447, se basant sur l’accord sur Monconcour, propose la date du 4 octobre 1420 par rapport à cette copie du XVIème siècle de la cote de la Roche-Suhart 1 E-1317 ainsi que par le ms 22331 (BnF). Ces lettres ont été transcrites également par dom Morice qui donne la date du 7 octobre (Preuves, II, col. 1051-1053 tandis que le ms 22319 indique le 4 novembre !
[15] En date corrigée, le jour de Pâques 1420 était le 7 avril 1420.
[16] Étant donné l’indigence de ce reliquat de compte, le receveur des années 1449-1450, n’étant pas évoqué, il ne fait aucun doute que Roland Martin se succéda à lui-même. En effet, il existe un apurement du compte de Plancoët 1449-1450 réalisé par ce même Roland Martin et qui fut vérifié à Vannes à la Chambre des comptes le 15 novembre 1450 (voir ce feuillet de parchemin).
[17] Cf. infra.
[18] Arch. dép. des Côtes-d’Armor, 1 E-173/1.
CIRDoMoC